Augmenter les vivants.

THÉATRE – La Coursive reçoit pour trois représentations le multi-récompensé Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, dans une mise en scène d’Emmanuel Noblet. Thomas Germaine, seul en scène, nous délivre une interprétation généreuse, juste et forte, à la hauteur du livre. 

J’ai hésité sur le titre. J’aurais pu titrer : renseigner les patients, tant le sujet du don d’organes est crucial, et le besoin d’informer le public absolument prioritaire (nous sommes tous de potentiels donneurs). Réparer les vivants aborde la greffe et le chemin d’un coeur transplanté, sur 24 heures. La précision scientifique, sentimentale du texte aide Thomas Germaine à nous suspendre à la vie de Simon Limbres, jeune surfeur de 19 ans, amoureux de Juliette, qui ne portait pas de ceinture de sécurité dans le van qui le ramenait d’une session de glisse épique, à l’aube. 

« ce qu’est le coeur de Simon Limbres, ce qu’il a filtré, enregistré, archivé, boîte noire d’un corps de vingt ans, personne ne le sait au juste, seule une image en mouvement créée par ultrason pourrait en renvoyer l’écho, en faire la joie qui dilate et la tristesse qui resserre… »

La temporalité, l’urgence nous saisit. Il s’agit de théâtre augmenté : les heures, des images s’affichent. La salle est comme estomaquée, devant la gravité de la situation, les choix qui s’enchaînent, les rouages administratifs qui se mettent en place, implacables. Nous sommes pris entre la culpabilité vis-à-vis des morts, et l’espoir pour les vivants. La mise en scène ne verse jamais dans l’impudeur, la maladresse, ce qui est une prouesse dans le cadre qui lui était imparti. Thomas Germaine porte très naturellement ces entrechocs de vies, et avance avec fluidité et humanité dans la chaîne du soin, de la greffe. 

Vous allez rencontrer Claire, la receveuse. Mais aussi Pierre Révol, Thomas Rémige, Harfang, Virgilio… Honorons ces soignants.

Aymeric Duriez.

Visuel de une: ©Aglaé Bory

Don d’organes propose une rencontre / discussion à la Coursive le jeudi 4 avril 17h.

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