Arthur Ely … en 3 lettres et 9 questions

MUSIQUE – Débarqué de Strasbourg pour tutoyer la gloire, Arthur Ely s’est construit, pièce par pièce, un univers à sa mesure, un monde dont il est fatalement le prince, le roi. Un univers hérissé de guitares électriques et de beats hip-hop ; de dictions fantaisies, de variété française aux rimes acérées. Interview.

Le 7 juin est sorti le tome 1 d’En 3 lettres votre premier album. Pourquoi une parution en trois temps ?

L’album se nomme En 3 lettres, et de le publier en trois temps peut-être une justification, non ? Plus sérieusement, j’ai choisi ce procédé car je trouve que c’est un moyen pour moi de faire respirer les chansons, de les sortir sur un plus long temps. Je pense que je permets ainsi au public de mieux intégrer les groupes de chansons qui fonctionnent de manière autonome. Sortir tout en même temps aurait fait d’En 3 lettres un album comme un tout, un album-concept écrit d’une traite or je pense que cet opus est plus une compilation de mes chansons écrites ces derniers temps. C’est une sorte de panorama des six derniers mois de ma vie.

Je me suis permis cette liberté car j’ai monté mon propre label avec deux associés justement pour sortir ma musique comme je le souhaitais. Avant même que Sony, ma maison de disque, soutienne mon projet, c’était inscrit comme tel.

Je vous ai vu en concert à deux reprises au Chantier des Francos. Que vous a apporté cette année de formation rochelaise ?

Si je pouvais résumer, je pense que je parlerai en premier lieu des belles rencontres que j’ai pu y faire. Notamment avec les artistes. C’est très fort de se retrouver avec des artistes qui ont à peu près votre âge et les mêmes questionnements sur leur carrière. On échange là-dessus, on en rigole. Il y a un vrai esprit de famille au Chantier avec les équipes, avec Emilie Yakich et Sébastien Chevrier qui gèrent le Chantier. En gros, depuis janvier-février, il y a une vraie énergie autour de moi, je sens tous les moyens et les aides mis à ma disposition pour répondre à toutes mes interrogations. Cela donne vraiment confiance pour continuer. Concernant l’accompagnement, les semaines de formations sont très intenses. J’ai engrangé un nombre d’informations conséquent. Du coup, on vit plein de phases de up and down,  des coups de speed et de blues. En résultent des parenthèses pour tenter des choses, se questionner : C’est quoi mon projet ? Pourquoi je monte sur scène ? Ce temps est précieux car à Paris, je ne le trouve pas forcément. Je n’aurai jamais développé un live comme je peux le faire aujourd’hui sans les interventions des professionnels qui nous entourent à La Rochelle.

Vous vous définissez comme un artiste de variété française, ce qui est plutôt étonnant à l’écoute de votre musique très tournée vers le rap ET le rock. C’est quoi la variété en 2019 ?

Oui je parle de variété concernant ma musique même si je ne suis pas complètement arrêté sur la définition de celle-ci. J’aime par contre l’idée que la variété française peut être moderne, pas forcément ronflante comme on peut en entendre à la radio. Pour moi elle est par essence pop, variée, métissée et libre d’être rock énervé ou encore frontale comme le rap, tout comme elle peut prendre les accents d’une chanson guitare-voix plus posée. Plus premier degré. Le fil conducteur est la voix, ce qu’on raconte dans la chanson. J’aime l’idée qu’il n’y ait pas de racines musicales précises et que l’on se nourrit de tout ce qu’on écoute. C’est sans doute quelques chose de ma génération : je pense que nos frontières musicales sont plus poreuses. On s’abreuve de musique sur le Net et du coup ça crée des univers pluriels.

En quoi le rap a radicalement changé votre manière de concevoir la musique ?

Le rap a complètement changé ma manière d’écrire. Quand je suis arrivé à Paris pour y chanter dans les bars avec ma guitare, j’écrivais en français mais j’étais encore très bloqué avec cette écriture adolescente baudelairienne. J’adore ce poète mais retranscris dans l’univers de la chanson française ça fait très daté. Le rap permet une liberté et une violence dans le ton. Il permet de parler de sa vie de manière très frontal. L’écoute du rap me donnait l’impression d’être bien plus vivant même quand je n’étais pas forcément d’accord avec les propos. Je préfère écouter un artiste avec qui je ne suis pas à 100% d’accord mais qui n’essaye pas d’utiliser moult chemins poétiques pour s’exprimer … Je pense que la poésie dans la chanson est une manière de cacher le fait qu’on ait rien à dire. Prendre mon stylo, y aller  à fond, ne plus me cacher derrière des métaphores, voilà ce que le rap m’a apporté.

Vous assumez votre ambition. Ancien joueur de tennis, vous avez la gagne en vous et dîtes librement que vous rêvez de gloire… si possible rapidement. C’est quoi cette histoire de gloire à tout prix ?

En ce moment je suis en train de me demander ce que c’est que cette histoire. J’ai le souvenir d’être entré dans le monde de la musique avec l’envie d’en faire un métier, d’en vivre. Si possible d’en faire un gros truc. Je ne suis pas un dilettante. En arrivant à Paris, je savais que je voulais faire une carrière. Cela peut choquer certaines personnes cette franchise, mais cela n’enlève rien au fait que je suis passionné par la musique. C’est mon moteur sans doute. Pendant mon adolescence, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire de ma vie, j’étais pétri de doutes et la musique m’a permis de me construire une identité, une volonté. Être sous les feux des projecteurs me plaît mais là encore soyons honnête, c’est le propre de beaucoup d’artistes. Nous sommes des putains d’égocentrés mais très peu le disent !

Votre clip À tort ou à raison s’ouvre sur une présentation du personnage Faust qui a pactisé avec le diable pour arriver à ses fins. Et vous jusqu’où iriez-vous pour atteindre vos objectifs ?

Là encore j’ai beaucoup réfléchi ces derniers mois ; cela fait plus d’un an que je fréquente assidument le milieu de la musique, tout ce business … Je suis passé de ma chambre où j’écrivais mes chansons à ce milieu et si je suis prêt à en accepter les codes et les règles, je ne veux en rien sacrifier à mon exigence artistique. Ce que j’ai dans le ventre m’est précieux. Je ne vis que de la musique, du soir au matin … à partir du moment où je suis bien avec ce que je crée, que tout est raccord avec moi-même, tout me va dans le business  mais je ne veux pas qu’il vienne empiéter sur la création.

Dans le tome 2 à paraître une chanson détonne avec ses grosses guitares: Mayday  … Vous vous rêvez plutôt rock star ou rap star ?

Il y aura toujours un parallèle entre la rock star et la rap star. Les rappeurs américains avec leur dégaine et leur mode de vie sont les rockeurs des années 70 … en un peu plus bandits. Je viens du rock, puis me suis intéressé ensuite au rap. Je vois bien que les rappeurs ont repris ces énergies du rock, ses codes. Il y a un côté un punk chez les rappeurs comme XXXTENTATION qui m’intéresse beaucoup. Plus aux Etats-Unis qu’en France d’ailleurs. Concilier les deux,  mon amour de la guitare et l’écriture de textes rap, me plaît carrément.

Il est question beaucoup de temps dans vos textes : le temps qui passe trop ou pas assez vite, qui fuit …

C’est vrai … je suis très nostalgique du temps qui passe. Parfois c’est limite emmerdant pour le quotidien. Enfant, je ne voulais rien jeter, garder ma chambre de bébé pour me raccrocher au passé. Si j’ai écrit beaucoup autour du temps c’est que cette année j’ai vraiment senti que je sortais de l’adolescence, que je devenais un adulte mais si je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais c’est un peu une intuition. C’est un peu le temps des désillusions pour moi. Entre 15 et 22 ans, j’ai vécu des choses super puissantes et là je sens bien que certaines se défilent entre les doigts et du coup le rapport au temps change. Je voyais tout vers un avenir que j’imaginais radieux naturellement mais je  prends conscience aujourd’hui que mon avenir sera radieux en fonction de ce que j’en fais. Je n’ai pas de destinée tout écrite, c’est à moi d’écrire mon histoire …

Vous allez peut-être écrire un chapitre de l’histoire des Francofolies le 11 juillet. Vous y jouez sur la scène Verdière. Qu’avez-vous préparé pour ce concert ?

Je partage la scène avec Vendredi sur Mer. Pour ce concert j’ai énormément travaillé mon répertoire et notamment toutes les chansons que j’ai écrites récemment. Ce sera à ce jour le concert le plus long que j’aurai fait. La scénographie sera assez simple mais j’ai un nouveau set-up plus frontal. Tout mon matériel est au sol désormais. J’ai aussi beaucoup travaillé l’interprétation et le rapport au corps au Chantier. Je n’ai pas de tabou particulier avec mon corps mais les exercices que nous devions faire étaient parfois très déconcertant mais aussi super efficaces pour révéler des choses qu’on ne soupçonne pas. Une fois sur scène, on se remémore ce qu’on a vécu en atelier et votre manière d’être sur scène en est totalement transformée !

Propos recueillis par Cédric Chaory.

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