Arnaud Jaulin: « Je suis un amoureux de La Rochelle ».

ENTRETIEN: la Tour Saint-Nicolas, l’Hôtel de Ville, les Éclats chorégraphiques, la Maison des écritures, la Belle du Gabut … Arnaud Jaulin, adjoint à la culture de La Rochelle, nous parle de sa ville « une des plus belles du monde ».

Le Musée des Beaux-Arts voit ses portes closes jusqu’à nouvel ordre. D’importants travaux de rénovation sont à prévoir. Qu’en est-il exactement ?

Vous m’amenez là sur un terrain qui attire mon attention depuis plus de 20 ans. Effectivement le Musée est fermé depuis septembre, soit depuis la fin de l’exposition L’Algérie de Gustave Guillaumet. Au départ il était prévu de fermer le musée le temps de l’installation d’un ascenseur et d’entamer une phase de restauration dans une aile mais les diagnostics ultimes ont fait apparaître une structure aux nombreuses fragilités. La portance des planchers s’est révélée défaillante. Nous sommes sur une portance à 200kg/m2 alors que les autres musées en France sont sur du 450 voire 600 kg/m2. Bref les travaux sont bien plus conséquents qu’imaginés.

Il faut savoir que depuis 1861, le Musée n’a pas été rénové. Nous entamons donc des travaux d’urgence dès cette année tout en élaborant dans le même temps un cahier des charges exhaustif. Une enveloppe de 10 à 12 millions d’euros est à prévoir … donc nous sommes très loin des 1,5 millions d’euros de l’ascenseur initial.

Bien avant de rejoindre l’équipe de Monsieur Fountaine, cette rénovation était une de mes priorités. La Rochelle mérite d’avoir un musée d’envergure. Je déplore que le joli jardin du musée soit quasi-inconnu du public. J’aimerais relier ce musée au Café de la Paix – Ils communiquent ensemble via le jardin –  afin d’en faire un pôle culturel d’envergure. Le cinéma CGR-Olympia pourrait, s’il en accepte la proposition, participer à ce projet via la mise à disposition de ses salles de projection. Pour des conférences ou des petits concerts. Un salon de thé dans le jardin peut-être envisageable également. Nous pourrions imaginer bien plus qu’un musée : un lieu de vie.

Et puis il faut que nos chef d’œuvres soient mis en valeur : nous possédons le deuxième fonds d’art extrême-oriental après le Musée Guimet ; de précieuses œuvres d’Eugène Fromentin, Eustache Le Sueur, William Bouguereau, artiste très côté aux Etats-Unis. Ce mois-ci un de ses tableaux se vendra 25 millions de dollars. Nous en possédons une douzaine ici ! Tout ce fonds doit vivre. Annick Notter le faisait d’ailleurs d’une très belle manière en y impliquant des groupes sociaux de la ville (des rugbymans, des aveugles, des femmes, des collégiens …)

L’idée d’Annick Notter d’un tunnel souterrain reliant le musée des Beaux-Arts à celui du Nouveau-Monde vous paraît-elle judicieuse ?

Annick Notter, ancienne directrice du musée qui profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée, a eu cette idée séduisante de relier le Musée des Beaux-Arts et l’hôtel Fleuriau. Je crains cependant que cela coûte très cher. La rue Gargoulleau présente de nombreux réseaux et câbles sous-terrain. Le projet ne serait pas irréalisable mais je préfère que le budget soit aujourd’hui consacré à la rénovation de l’hôtel Crussol d’Uzès.

Un autre bâtiment est en péril : la Tour St-Nicolas. Où en sont les travaux de ses soubassements ?

Monsieur Philippe Villeneuve, à qui l’on doit l’actuelle reconstruction de notre hôtel de ville et la rénovation du pont transbordeur Martrou à Rochefort, est en charge des travaux sur la tour. Il saurait mieux vous répondre que moi. Ce que je sais c’est que les Compagnons de Saint-Jacques sont intervenus ces derniers jours pour colmater une brèche qui permettrait de stabiliser la tour. Les Monuments nationaux, en charge de sa gestion, aimeraient une réouverture pour juillet.

L’hôtel de ville, lui, renaît de ses cendres. Sa réouverture en décembre va t-elle donner lieu à des festivités ?

Monsieur le maire a confié à Jackie Marchand, ancien directeur de La Coursive, l’organisation de diverses manifestations autour de la réouverture, entre le 7 et 9 décembre. Un mapping vidéo est à prévoir tout comme de nombreuses animations, des visites, le tout dans la convivialité. Le Maire souhaite que les rochelaises et les rochelais se réapproprient ce lieu. Qu’il soit leur maison.

Une autre festivité est programmée : celle du 8 juin au Parc Franck Delmas à l’occasion de l’inauguration de la Maison des écritures. 

D’ores et déjà des évènements liés à la Maison des écritures se déroulent dans la ville. Édouard Morneau du Centre Intermondes a mis en place une petite trentaine d’animations jusqu’à la mi-juin. Y sont programmés des ateliers, rencontres, lectures, accueils d’artistes autour des disciplines aussi diverses que la danse, le land art, les écritures numériques, la bd, poésie, le cinéma ou encore la photographie. Cette programmation est le fruit d’une collaboration entre la maison des écritures et le centre culturel Intermondes.

Justement en quoi la Maison des écritures va t-elle se différencier du Centre Intermondes ?

Intermondes accueille principalement des artistes étrangers ou envoie des artistes français à l’étranger pour des résidences de création. La Maison des écritures a un projet plus large : artistes étrangers et français seront accueillis autour de la thématique de l’écriture. Cette maison est un espace entièrement dédié au livre, à la francophonie, aux liens tissés entre l’écrit et l’écran. Ce projet a germé dès 2014 et fut impulsé par Monsieur le Maire. Les Assises de la Culture de 2015 n’ont fait que renforcer la volonté de créer cette maison.

Récemment les activités des Eclats chorégraphiques ont été intégrées au sein de La Manufacture – CDCN. Une bonne nouvelle ?

Il s’agit d’une très bonne nouvelle. Avec la Nouvelle-Aquitaine, cette vaste région, il y avait ce risque que Les Eclats disparaisse. La région se posait des questions sur la manière de soutenir la danse contemporaine dans le nord de la région. Ce petit risque nous l’avons transformé en opportunité. Je suis donc ravi que la Manufacture intègre en son sein les Eclats chorégraphiques. Nous décrochons ainsi un nouveau label : le CDCN (centre de développement chorégraphique nationale – NDLR) et poursuivons nos efforts pour la promotion de la danse dans la ville. Avec Marion Pichot et Emmanuel de Fontainieu, il s’agit d’une de nos priorités avec le soutien à la filière audio-visuelle. Concrètement, Charlotte Audigier sera la représentante locale de La Manufacture – CDCN Bordeaux.

Le Carré Amelot et le CNAR sont attendus sur la friche du Gabut. Quand est prévue cette installation ?

Voilà où nous en sommes à ce jour : nous avons reçu plus de 143 projets pour la réhabilitation. 25 ont été sélectionnés puis le comité de pilotage en a retenus 4 au final. Nous sommes allés sur site avec les différents porteurs de projets. Ils doivent maintenant nous fournir leur projet maquetté. Monsieur le Maire est très attentif à ce dossier car il s’agit là du dernier grand endroit à travailler en ville. Nous avons beaucoup de contraintes sur ce site submersible. Sans compter celles du CNAR,  qui étant un label national, a un cahier des charges très précis. Il doit notamment posséder une rue intérieure pour y faire des déambulations, y stocker aisément du matériel …, ce qui impose une largueur et une hauteur de bâtiment. Nous souhaitons préserver ce bâtiment que j’appelle improprement « Bauhaus ». Son style architectural est très peu présent dans la ville : sobre, très 60’s. Nous l’avons déjà désamianter et rénover sa toiture. Une place centrale sera également préservée et puis nous souhaitons qu’il y ait un tiers-lieu à l’année du type Belle du Gabut … un café culturel qui anime le quartier.

L’installation du Carré Amelot au Gabut signe la disparition de son lieu de diffusion, ce petit théâtre dans l’Arsenal …

Effectivement l’Arsenal va entièrement être dévolu à la Cité Municipale et le Carré Amelot migrera sans son théâtre. Je suis très préoccupé par la question de ce lieu de diffusion qui va disparaître. J’avais même demandé à Monsieur Fountaine qu’on puisse garder cet espace en l’état. Il aurait pu servir d’amphithéâtre, de grande salle de réunion pour la mairie. Je ne sais comment va être repensé l’actuel Carré Amelot. Ce que je sais c’est que nous travaillons sur un redéploiement d’espaces culturels dans les quartiers, en proximité. Nous réfléchissons à l’édification d’une salle de théâtre multi-fonction, couplée à la médiathèque dans le quartier de Villeneuve-les-Salines. Villeneuve y gagnerait.

Mireuil, lui, va voir s’ériger le centre des Archives et des réserves muséales.

Tout à fait. En fin d’année débuteront les travaux. Précisément à côté de la salle Bernard Giraudeau. L’idée est de rationnaliser et coupler les réserves des musées et celles des Archives. Nous avons récemment présenté, en conseil municipal, le bâtiment. Un beau projet architectural, sorte de vague. C’est assez grand. Il y aura de nombreux espace d’accueil, de consultation. Les archives rochelaises possèdent des documents remontant au 13ème siècle. Il y a des trésors à conserver et à consulter.

Vous parliez des tiers-lieux avec leurs animations diurnes et nocturnes. La Belle du Gabut et La fabuleuse Cantine du Musée Maritime vont animer La Rochelle en saison touristique. Que pensez-vous de ces tiers-lieux ?

Vous oubliez la terrasse du Prao qui n’est pas à proprement parlée un tiers-lieu mais qui pourrait se prêter à des propositions artistiques tels que des concerts acoustiques. Et puis le tout nouveau bar Le Baron Moleskine, l’Endroit, Le Phare Café qui organise de belles expositions … Les tiers-lieu sont à la mode et je suis ravi qu’il y ait de la place pour tout le monde à La Rochelle. Le bel esprit de convivialité qui y règne semble être apprécié par les rochelais.

Nous développons en ce moment un dispositif appelé Bar’Bar : l’idée est d’accompagner les bars qui veulent prolonger à l’année, hors-saison, une programmation artistique. Il leur faudra alors posséder une licence de spectacle, payer les artistes …

Et cette expérience d’adjoint à la culture au sein de la mairie, qu’en retenez-vous ?

C’est passionnant d’être au contact des artistes au quotidien, d’être en lien avec ces acteurs qui sont dans l’euphorie de la création. C’est un mandat très agréable, non sans tension : nous avons des soucis d’effectif au niveau du personnel par exemple. Il faut faire en sorte de préserver des équipes, que tout le monde trouve sa juste place.

Et cela vous donne envie de rempiler ?

Forcément que j’ai envie de poursuivre cette mission. Je suis un amoureux de La Rochelle, comme beaucoup je pense. La Rochelle c’est une mère, une femme, une amante … c’est un peu tout La Rochelle. Trop certainement. C’est un petit état, hors du monde quelque fois. Cela peut être son atout mais parfois c’est ce qui nous empêche de nous remettre en cause, d’aller voir ce que d’autres villes réalisent. Nous avons été pionniers sur bien des sujets mais nous ne le sommes plus forcément aujourd’hui. Je le dis avec un certain regret. Je reste persuadé que La Rochelle est une des plus belles villes du monde mais j’ai aussi conscience qu’il faut faire reluire toujours un peu plus cette pépite. Pour les rochelais, comme pour les 4 millions de touristes que nous accueillons chaque année.

Question de Carlotta, lectrice des Chroniquesdaliénor : À quand un réel engagement pour le parcours artistique et culturel de chaque élève ?

Je suis surpris de cette question car la Municipalité a porté très haut les PEAC (parcours d’éducation artistique et culturelle – NDLR) auprès de tous les enfants de la ville. Il faut que les professeurs des écoles s’en saisissent, que les directeurs d’établissement relaient l’information auprès de leurs professeurs. Ces actions sont d’ailleurs étendues à la communauté d’agglomération, dans les écoles et centres sociaux. Nous avons un catalogue d’une cinquantaine de propositions mais c’est effectivement à l’initiative du professeur. Nous finançons une partie des projets qui correspondent à 15h de présence d’un artiste ou encadrant avec les enfants.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

Visuel de une: ©Xavier Léoty

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