Amok, l’édition made in La Rochelle.

ÉDITION – En 3 ans, la maison d’édition rochelaise Amok a noirci bien des pages. Avec un pouls de 9 auteurs et un catalogue de 12 parutions, elle s’apprête à publier fin mai La tête sous l’eau, trilogie d’Olivier Lebleu. Rencontre avec son directeur artistique : Olivier Ginestet.

Première question : quid d’Amok, le nom de votre maison d’édition.

C’est tiré d’Amok ou le Fou de Malaisie, nouvelle de Stefan Zweig publiée en 1922. Amok est une folie meurtrière qui est propre à cette région du monde. Je me suis inspiré de ce titre car Zweig est un auteur que j’apprécie particulièrement. De plus Amok est une nouvelle ce qui est en accord avec ma maison d’édition spécialisée dans des textes courts (qui en disent long). Ensuite je pense qu’il faut un petit grain de folie pour se lancer aujourd’hui dans l’édition, folie qui ne serait cependant pas meurtrière. Nous ne sommes pas en Malaisie.

Et cette folie vous a pris en quelle année ?

La maison d’édition a été créée le 25 avril 2016. En fait je suis d’origine grenobloise mais ai grandi à Royan. Ma formation initiale est bibliothécaire. Au quotidien, je m’occupe de la partothèque du Conservatoire de La Rochelle, mais je suis aussi auteur. À force de travailler avec les librairies, les bibliothécaires, les auteurs, je me suis créé un réseau. Il y a longtemps que je pensais à passer de l’autre côté mais le côté administratif et commercial ne m’intéressait pas vraiment. Avec le réseau, avec la maturité, je me suis lancé.

Vous avez donc de nombreuses cordes à votre arc. Auteur dîtes-vous ?

Oui mon cursus universitaire m’a permit de décrocher un Master d’histoire contemporaine.  Les premiers livres que j’ai écrit étaient en rapport avec ce sujet. Emile Combes 1835-1921 est une biographie du père de la séparation de l’Église et de l’État. Puis, dans le cadre de la célébration des 10 ans de la disparition de Michel Crépeau, Geste Éditions m’a commandé un ouvrage sur Michel Crépeau, sur sa jeunesse radicale : Michel Crépeau, Une jeunesse radicale (1955-1958).J’ai également publié les romans Le Pont et Un couple en avril 2017.

Une autre de mes créations émane de ma fréquentation au quotidien avec les musiciens du Conservatoire. En 2012, ils m’ont demandé d’écrire un conte musical pour enfant : Lucas et la foret des loups. L’Harmonie de La Rochelle l’a mis en musique. Jean-Louis Foulquier avait alors accepté d’en être le récitant. Le conte a ensuite tourné notamment avec la Philharmonie de Nantes. Mon seul regret est que nous n’ayons pu eu le temps d’enregistrer un album avec la voix de Jean-Louis qui est décédé quelques mois plus tard. Avec ce timbre qu’il avait …

Amok ce sont donc des textes courts et qui en disent long …

Oui. Il faut essayer de trouver une identité, de sortir son épingle du jeu. Amok a décidé de se positionner sur le format court ce qui ne m’interdit pas un jour de faire du hors-collection mais pour l’instant j’évite. On me sollicite beaucoup sur du format long …

… justement parlons des manuscrits que vous recevez.

J’ai mis très rapidement le hola sur la réception de manuscrits car j’en recevais énormément. Aujourd’hui encore après avoir imposé quelques filtres, je reçois 5 manuscrits tous les mois. Version papier, version PDF. Les auteurs trouvent toujours l’adresse de la maison d’édition. Même si on se cachait, ils nous trouveraient avec le Net et les réseaux sociaux (rires).

Amok est parti sur la base de 3 publications par an car cela nous apparaissait le plus sage. À ce jour, nous sommes allés légèrement au-delà de ce rythme car nous avons un catalogue de 12 titres. Et nous travaillons déjà sur les parutions de 2021.

Dans cette masse de manuscrits reçus, quels ouvrages retenir ? Quelle est votre ligne éditoriale ?

Il y a typiquement des publications que je refuse : la poésie par exemple qui n’entre pas dans la ligne éditoriale d’Amok. Je reçois également des BD qui ont clairement fait fausse route. Je ne publie pas les polars, thrillers et romans noirs également car j’estime ne pas être assez expert sur la publication de ce genre littéraire, que je lis avec plaisir par ailleurs. Il y a un petit comité de lecture mais en tant que directeur je tranche parmi tous ces écrits romanesques.

Et question ventes alors : être publié chez Amok est-il gage de ventes astronomiques ?

2 millions d’exemplaires sur chaque titre à peu près (rires). Sérieusement nous sommes, et vous le savez, une petite maison d’édition. Si vous considérez que Gallimard voit certains de ses titres se vendre de manière assez confidentielle, imaginez Amok ! Nous sommes sur des tirages de 300-400. Il nous est arrivé de vendre plus de 500 d’un titre. Notre best-seller à ce jour est Première guerre mondiale de Joseph Kessel qui ensuite a été publié chez Folio (Gallimard). En moins de deux ans, Amok a réussi ce coup ! Pour moi, les écrits de Joseph Kessel sont toujours d’actualité. J’ai fait la connaissance d’un de ses ayants-droits. Il vit à La Rochelle où il possède chez lui un fonds énorme aux nombreux inédits. J’y ai eu accès et suis tombé sur des manuscrits, des écrits de jeunesse. J’ai sélectionné une vingtaine de récits, 3 nouvelles pour constituer ce recueil.

La Rochelle est selon vous une terre d’accueil pour l’édition …

La Rochelle est une terre de culture de manière générale. J’y vis donc il m’apparaît aussi aisé que logique d’y implanter ma maison d’édition. C’est à double tranchant ceci dit.  Le fait d’être en province, dans une ville dynamique certes mais petite, a tendance à vous étiqueter « publication régionaliste ». Ce n’est pas péjoratif, mais il est vrai qu’Amok cherche une sociologie différente. Il faut sans cesse se battre pour sortir de cette étiquette. Précédemment, nous avions un distributeur très fort sur le régionalisme qui nous demandait d’illustrer nos couvertures avec des photos du coin quand cela s’y prêtait. Depuis 2018, nos couvertures sont moins marquées. Le prochain titre à paraître sera d’ailleurs illustré par l’artiste rochelais Fred Fournier. Nous aimerions poursuivre cette collaboration car nous imaginons qu’elle nous permettra de développer une identité visuelle forte. C’est essentiel pour sortir du lot en librairie.

La Rochelle, terre de culture donc … mais on note que côté festival littéraire ça pêche un peu, non ?

Effectivement il n’y a pas de vrais festivals littéraires. Il y a bien eu des tentatives mais qui n’ont jamais abouties. Il y a des salons qui ponctuent la saison mais je pense que la formule salon a vécu. Il faut revenir à l’idée d’un festival élargissant les horizons. Il faut innover en y adjoignant de l’art vivant comme la musique. Creuser des thématiques type « littérature et gastronomie » par exemple pour que l’événement attire un public bien plus large que les seuls lecteurs.

Qu’en est-il de votre prochaine parution ?

Il s’agira de la trilogie La tête sous l’eau d’Olivier Lebleu. Son précédent roman Le fil de la falaise est le premier à avoir été publié chez Amok en avril 2016. Le premier tome sortira le 25 mai prochain.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

INFORMATIONS PRATIQUES: https://editionsamok.wixsite.com/amok/catalogue

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