Alexandra Stewart: « J’ai vu naître le festival du film de La Rochelle »

CINÉMA – Grande soeur de Catherine Deneuve et Charlotte Rampling  Alexandra Stewart n’a jamais cherché à faire carrière, même si son nom figure au générique des films de Louis Malle, François Truffaut, Claude Chabrol, Jean-Luc Godard ou John Huston. Marraine du 47ème festival La Rochelle Cinéma, elle répond avec malice et une infinie gentillesse aux questions d’Aliénor.

Vous êtes la première marraine de ce festival nouvellement nommé La Rochelle Cinéma. Quelles sont vos impressions sur ce « rôle » de marraine ?

Ma première réaction a été l’étonnement car je n’avais jamais entendu parler de parrain ou de marraine concernant ce festival et l’on m’a expliqué que c’était une des nouveautés de cette 47ème édition. Puis j’ai naturellement et très rapidement accepté cet honneur. C’était un moyen pour moi de rester 9 jours durant dans la ville pour regarder mes 5 films quotidiens. Je viens depuis des années au festival mais les fois précédentes j’étais basée à Ars-en-Ré … Là c’est un vrai travail, je ne suis pas seulement une festivalière. Je vous dis que je peux enchaîner 5 films par jour mais parfois le public étant tellement nombreux, certaines séances peuvent mettre refusées et là je prends ma voix de Marlon Brando dans Le Parrain et je tonne : « Je suis la marraine du festival, laissez-moi entrer ! ». J’en profite quoi !

Vous dîtes bien connaître le festival …

Oui mais j’ai toujours regretté de ne pouvoir en profiter autant. Souvent car j’avais des tournages en été, je devais m’absenter, écourter mes venues. Je viens sur l’île de Ré depuis 1963 j’ai donc vu naître ce festival (Ndlr : 1973, année de création du festival). Pendant de nombreuses années je calculais mes venues par rapport à mes dates de tournage maintenant je fais en sorte d’être toujours présente à l’ouverture. Ensuite je pars me reposer à Ars-en-Ré. J’essaye aussi d’être à la clôture du festival, et puis si Prune et Sylvie* me demandent de venir pour une présentation d’un film ou autre, bien évidemment je reviens sur le continent.

Qu’appréciez-vous tant dans ce festival ?

J’aime sa simplicité du fait qu’il n’y ait pas de prix. J’imagine bien que cette absence de prix doit compliquer le financement du festival … certaines personnes me disent : « Mais quel est intérêt de ce festival s’il n’a pas de prix ? ». Et celui de Bologne alors c’est pareil et c’est très bien. La Rochelle Cinéma est essentiel pour le cinéma du patrimoine. Voyez tous ces films restaurés qui sont encore diffusés cette année ? Les rochelais et les festivaliers ont une vraie chance. Je discute souvent avec les spectateurs assis à côté de moi dans la salle et certains me disent passer leurs vacances d’été ici à La Rochelle, pendant le festival. Aux plages de l’Atlantique, ils préfèrent les salles obscures. Je trouve très bien que ce public vienne de Cognac, de Bordeaux, un public particulièrement au fait du cinéma d’art et essai. Puisse ce public en parler à leur enfants, leur petits-enfants …

Vous êtes vous-même cinéphile. Tout comme votre fille j’imagine.

Forcément, comment aurait-il pu en être autrement ? Son papa était Louis Malle. Il adorait aller au cinéma mais tous les metteurs en scène ne sont pas comme lui. Louis n’allait pas autant au cinéma qu’il aurait aimé par manque de temps. Les acteurs, eux, y vont énormément.

Trois de vos films sont présents dans la programmation du festival. Les avez-vous choisis ?

Non pas du tout. Si j’avais eu la possibilité de choisir, j’aurai bien aimé qu’y figure un de mes films réalisés avec Pierre Kast. On m’aurait sans doute regardée avec des yeux tout ronds car ce n’est pas un réalisateur connu mais néanmoins j’ai adoré travailler avec lui et ai tourné 8 films partout dans le monde. Je suis contente de cet hommage à Arthur Penn. Je l’aimais beaucoup comme artiste, comme homme. Il n’a pas eu le succès qu’il méritait. Bonnie and Clyde et Miracle à Alabama ont triomphé mais le reste de sa filmographie souffre d’une méconnaissance et mériterait d’être restaurée. Mickey One qui n’est jamais sorti en France ou alors, à mon insu, juste une demi-journée dans un cinéma d’art et d’essai de Niort, a été formidablement restauré. À l’époque, le film n’avait pas reçu de bonnes critiques, même de la part d’amis d’Arthur Penn. Avec cette restauration, le public redécouvre un beau film, inspiré par la Nouvelle vague. On célèbre enfin sa photographie, son scénario, sa musique de Stan Getz. Je suis également contente que La Duchesse de Varsovie soit diffusé. Joseph Morder m’y a offert un magnifique rôle que j’ai dû apprendre en 4 jours seulement. Je me souviens avoir tourné sans connaître parfaitement mon texte ce dont j’ai horreur. Je trouve qu’à l’écran on ressent mon stress …

Revenons à Pierre Kast. Pourquoi a-t-il tant compté ?

C’est grâce à lui que je fais du cinéma, en tournant dans Le bel âge en 1959. Je me souviens parfaitement de cette période que je chérie. J’étais entourée de Jean-Claude Brialy qui débutait,  de Boris Vian et de Jacques Doniol-Valcroze pour qui j’ai tournée la même année L’eau à la bouche. Pierre était l’assistant de Jean Grémillon avec qui il a réalisé de nombreux films documentaires. C’était un homme très cultivé, un critique de cinéma très éclairé. Ses films sont formidables.

Vous étiez émue à l’ouverture du festival lors de la diffusion d’un court-métrage hommage retraçant votre riche carrière …

Oui très émue d’autant plus que je ne m’attendais pas à cette surprise. Il est signé d’une amie qui est douée pour faire des montages vidéo. Elle m’avait dit un jour : « Pour tes 80 ans, je te réaliserai un montage vidéo de ta carrière. Je craquerai DVD et cassettes vidéos pour te faire une vidéo exhaustive ». Elle n’est pas parvenue à tout craquer. J’avais les joues rouges de voir ce film devant tout ce public de La Coursive. Cela m’a déstabilisée.

Surtout vous qui êtes d’une modestie légendaire, non ?

Je n’aime pas trop parler de ma personne, de ma carrière effectivement. Mon autobiographie (Ndlr : Mon bel âge – édition L’Archipel – 2014) ne parle pas de moi mais des réalisateurs avec qui j’ai travaillé. Ce sont des anecdotes sur eux. On me dit que je suis la reine du name dropping car dans ce livre je parle de John Huston, Truffaut, Godard, etc. On m’a insulté pour ça, arguant que j’étais un brin snob de raconter mes anecdotes. Les mauvaises langues disent d’ailleurs que mon prochain livre parlera de mes rencontres actuelles. Par exemple et au hasard … celle avec Elia Suleiman. Enfin bon je n’ai eu que faire de toutes ces critiques, le livre a été tellement peu lu !

Vous parlez d’Elia Suleiman qui a ouvert le festival avec son nouveau film It must be Heaven. Quels sont les films qui vous ont plu depuis vendredi dernier ?

Concernant Elia, je connais tous ces films que j’apprécient énormément. Mon gros coup de cœur est définitivement Victor Sjöström. Je vais à toutes les séances. Je m’en veux d’avoir cependant raté celle de La Lette écarlate, préférant aller voir un autre film qui ne m’a pas du tout plu. Je vais visionner La lettre en DVD chez moi dès dimanche.

Avez-vous des projets cinématographiques ?

Oui. En Italie, à Turin mais c’est tellement difficile en ce moment de monter des projets là-bas. Il y a peu de metteurs en scène qui y parviennent. Je pense à Nanni Moretti, à Marco Bellochio dont je vais découvrir le nouveau film dimanche matin. Concernant mon projet turinois, je vais très certainement tourner le nouveau film de David Federrio. Je l’ai rencontré à Tbilissi lors d’un festival. Il a réalisé précédemment un joli film qui se déroule dans le musée de Turin. Aux dernières nouvelles, il semble avoir trouvé le financement de son nouveau film. J’y ai un rôle d’une femme extrêmement méchante !

Propos recueillis par Cédric Chaory

* Prune Engler et Sylvie Prat, co-directrice artistiques de La Rochelle Cinéma

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