« ADN »: une quête identitaire

CINÉMA – Cinq ans après Mon Roi, Maïwenn réalise son 5ème film : ADN. Un drame intimiste, sobre et très personnel, qui questionne le deuil et la quête des origines dans la France cosmopolite. Une œuvre pleine de vitalité présentée en avant-première au Festival La Rochelle Cinéma.

Maïwenn aime ausculter les familles. Si possibles dysfonctionnelles. Depuis Pardonnez-moi (2006), dans lequel elle affrontait caméra au poing les blessures de son enfance, elle a lorgné du côté de la « Grande Famille du Cinéma » avec Le bal des actrices (2009) puis enchaîné avec la peinture de la maison Poulaga dans Polisse (2011).

Poursuivant cette filmographie en forme de généalogie et après avoir sondé le couple dans le drame intimiste avec Mon roi, l’actrice-réalisatrice compose avec ADN un drame choral dans lequel elle incarne une touchante Neige.

Neige est une mère divorcée de trois enfants. Elle rend régulièrement visite à Emir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Les rapports entre les nombreux membres de la famille sont compliqués et les rancœurs nombreuses… Heureusement Neige peut compter sur le soutien et l’humour de François, son ex. La mort du grand-père va déclencher une tempête familiale et une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors elle va vouloir comprendre et connaître son ADN.

De la chronique familiale à la quête identitaire 

Avec une bonne dose de tragi-comique, la réalisatrice dépeint toutes les étapes liées au décès d’un aïeul : la réunion familiale à l’Ehpad dont la direction vous somme de libérer la chambre au plus vite, puis celle, mouvementée et malgré tout hilarante, aux pompes funèbres (« alors le cercueil pour l’incinération : en carton, pin ou chêne ? »).

Enfin les obsèques où l’héroïne voit poindre les différents familiaux, notamment sur la question de son identité franco-algérienne. Le tout sous les bruyants assauts de la chanson Parler à mon père de Céline Dion.

En empruntant l’humour et le drame, en mettant en scène ses contradictions culturelles, Maïwenn raconte aussi la difficulté d’un grand nombre d’entre nous à se trouver une identité dans la pluralité de nos racines, rappelant au passage que nous ne nous définissons pas seulement par notre appartenance sociale, mais surtout par nos héritages culturels pluriels.

Un goût d’inachevé

Lettre d’amour à la famille et au multiculturalisme, ADN a tout le sel des précédentes œuvres de Maïwenn : un impeccable casting inter-générationnel (Fanny Ardant, Louis Garrel, Marine Vacth, Dylan Robert et Alain Françon), de longues séquences de repas où rires succèdent aux larmes, ce mélange de fiction et de documentaire troublant où se jouent des questions de transmission. Pourtant il séduit moins que Polisse ou Mon Roi. Sans doute est-ce dû à sa courte durée : 1h30 ?

Comment réussir à brasser toute cette variété de thèmes et de sujets, qui se mêlent et s’entrecroisent dans ADN ? Comment jongler entre le film-choral et le film introspectif ? … en si peu de temps. Si ADN laisse alors un petit goût d’inachevé, il n’en reste pas moins un film puissant d’une réalisatrice à la sincérité décidément féconde et emballante.

Cédric Chaory

ADN de Maïwenn, en salle le 28 octobre 2020