Tout sur Gustave Guillaumet, peintre du désert à l’honneur au Musée de La Rochelle

Alors que le Musée des Beaux-Arts de La Rochelle expose jusqu’au 17 septembre prochain « L’Algérie de Gustave Guillaumet » (avant que les musées de Limoges et de Roubaix ne prennent le relais)*, le discret éditeur Gourcuff Gradenigo fait paraître un éblouissant ouvrage sur ce peintre orientaliste.

Gustave Guillaumet ne fut le peintre que d’un seul lieu, mais quel lieu : la vaste Algérie. Au cours de ses dix séjours dans cette contrée tout juste colonisée par la France et durant 20 ans, le peintre saharien, comme il est de coutume de l’appeler, n’aura eu de cesse de croquer ce pays du Maghreb. Chaperonné par les militaires-colonisateurs, il sillonnera l’intégralité du pays, réussissant même à entrer dans l’intimité des intérieurs algériens, là où s’activent au foyer les femmes.

L’Algérie de Gustave Guillaumet s’attache à décrire le parcours de l’artiste et à analyser l’oeuvre son oeuvre bien moins connue que celle d’un Chassériau ou Delacroix. Contrairement à eux, Guillaumet a décrit une société indigène dégagée de toute présence extérieure (et surtout militaire), évocation sensible d’un mode de vie en voie d’extinction face à l’expansion française. En somme, à l’orientalisme conquérant du début du siècle, il a préféré un orientalisme plus nuancé. Un orientalisme dont les clairs-obscurs et l’éblouissant travail sur la lumière du soleil font penser qu’il serait précurseur de l’impressionnisme !

Les 15 auteurs-contributeurs de l’ouvrage éclairent comme ne l’avait encore jamais été fait l’œuvre du peintre, décédé en 1887. Parmi eux de nombreux spécialistes de l’orientalisme dont Barbara Wight célébrée pour son travail émérite autour d’Eugène Fromentin, illustre peintre d’origine rochelaise. Elle disserte ici des rapports entre les oeuvres de Fromentin et Guillaumet. Ce dernier admirait Fromentin et d’ailleurs certains tableaux se répondent comme le montre Mme Wright dans un des essais du catalogue. Une des toiles les plus frappantes de Guillaumet : Le Sahara peut être comparée dans son caractère sombre à une autre de Fromentin, légèrement postérieure : Le pays de la Soif (exposé à Orsay) où cette fois ce sont plusieurs hommes qui meurent, faute d’eau, sous un soleil implacable.

De Gros à Millet, le champ des influences qui marquent l’art de Guillaumet est vaste (notamment en ce qui concerne la peinture d’histoire) mais toujours en maintenant une véritable originalité.

C’est cette originalité qui se dessine à la lecture de l’ouvrage publié chez Gourcuff-Gradenigo composé de 17 essais (dont ceux, délicieux, de la commissaire scientifique de l’expo : Marie Gautheron, auteur d’une thèse sur l’invention du désert par Guillaumet), 12 notices sur des peintures emblématiques et bon nombre d’annexes et illustrations.

Soit un guide précieux qui complètera la visite d’une exposition qui a reçu le convoité label d’intérêt national par le Ministère de la Culture !

Cédric Chaory.

Collectif, L’Algérie de Gustave Guillaumet (1840-1887), Gourcuff-Gradenigo, 2018, 248 p., 39 €. ISBN : 9782353402816.

*La Rochelle, Musée des Beaux-Arts, du 8 juin 2018 au 17 septembre 2018 / Limoges, Musée des Beaux-Arts, du 19 octobre 2018 au 4 février 2019 / Roubaix, La Piscine-Musée d’Art et d’Industrie André Diligent, du 8 mars au 2 juin 2019.

 

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