Otomo de Manuel: la vérité nue.

PERFORMANCE – Aliénor a emprunté les chemins de traverse ce dimanche soir, à la rencontre d’un artiste protéiforme et engagé, figure de la contre-culture underground : Otomo de Manuel. Invité de la 1ère édition des Spectacles à la Chaine pensée par Axel Landy, directeur artistique de l’Horizon.

ODM est un artiste pluridisciplinaire, sans compromis, hybride et d’un incroyable génie. À l’instar de ses contemporains Lukas et Satomi Zpira ou bien encore les artistes qui composent The Amazing Cabaret Rouge dont ODM est le DA, tous proposant un travail autour du corps, ODM fait partie de cette veine culturelle transversale qu’on aimerait voir plus souvent dans notre belle ville.

Didier manuel, aka ODM Otomo, metteur en scène et chorégraphe franco-américain, nous livre avec force et élégance un constat tristement non exhaustif de la décadence de notre monde dans sa performance Toutes les terres sont conquises.

©Romain Zouave En Ski

Veste de costume, pantalon noir, torse et pieds nus, son texte dans sa poche, l’artiste entre en scène dans cette petite salle basse de la tour de la Chaîne où une cinquantaine de personnes l’attendaient religieusement. «Mon amour», commence t’il de sa voix de stentor. «Mon amour, notre rencontre est un sport de combat». Car oui, dans notre monde que dépeint l’acteur, survivre est devenu une compétition de haut niveau. Au fil de sa plume activiste, il égraine génocides, perversions, corruptions politiques et sur-consommations. Bref, le suicide collectif dans lequel notre société nous plonge.  Interrogeant même le public : « Y crois-tu encore toi, mon amour ? ». Entre clairvoyance et désillusion, le bilan est clair : jouissons en attendant la fin. Puisque nos vies ne sont faîtes que «d’arbitraires immédiats achetés au rabais ».  Puisqu’il ne nous reste que nos corps.

Ce corps qu’ODM nous porte à voir, ayant tout ôté pour revêtir sa tenue de combat pour notre rencontre. Ce corps tatoué, scarifié, où il agrafe la liste des déviances de notre temps. Allégorie de la condition humaine, il ficelle son visage, coupant respiration et voix. Gants aux poings, il entre alors dans une danse minutieuse et lente que peut offrir un combat de boxe. Droite, gauche, droite, K.O. Se relevant avec peine, il retourne s’asseoir et se grime d’or, chausse ses escarpins à hauts talons, son costume d’apparat sociétal. Il part la tête haute, bien qu’ayant perdu la bataille.

KO, Aliénor l’est aussi, fort impressionnée par cette performance danse et magistrale d’une quarantaine de minutes, sur une composition musicale signée John Hopkins.

Llady Jane.

Visuel de Une: ©Romain Zouave En Ski

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