Marc Minkowski: « Ré, mon île d’évasion, de méditation ».

Du 1er au 3 novembre, le festival Ré Majeure va faire vibrer au son de la musique classique l’île de Ré. Marc Minkowski a concocté une programmation d’une dizaine de concerts, souvent joués dans l’écrin d’édifices religieux. Interview avec le directeur de l’Opéra de Bordeaux.

 

La 8ème édition de Ré Majeure est placée sous le signe de la jeunesse. Comment se porte cette jeune génération de musiciens classique ?

Depuis les débuts du festival, nous accordons une grande place à la jeunesse. Depuis que je suis directeur de l’Opéra de Bordeaux, en juillet 2015, j’ai mis en place une politique en faveur de la transmission et de l’insertion professionnelle qui se traduit par un projet pédagogique et artistique ambitieux, fruit d’une collaboration étroite avec le Conservatoire de Bordeaux, le PESMD Bordeaux Aquitaine, la Jeune Académie Vocale d’Aquitaine et enfin le Choeur Voyageur. Cette aventure artistique et pédagogique donne lieu chaque année à un concert en début de saison à l’Opéra puis à Ré Majeure. Cette année ce sera la Petite Messe solennelle de Rossini qui sera jouée à l’Église Saint-Martin-de-Ré. Il y a beaucoup de jeunes dans les Conservatoires, les pôles supérieurs également. La musique classique est un art qui faut bien surveiller car elle pourrait être en voie d’extinction si on ne lui prête pas attention. Fort heureusement il y a beaucoup de disciplines et autant de curiosités. Le souci est d’arriver à faire jouer assez tôt cette jeunesse dans des ensembles lyriques notamment. Prenez l’exemple de Petite Messe solennelle qui est un genre d’oratorio méconnu de la jeunesse. Pour cette œuvre, nous avons dû travailler sur beaucoup de réflexes et c’est ce qui a passionné les jeunes. En ce qui concerne le chant choral, pour enfant ou amateur, nous avons la chance qu’à Bordeaux d’infatigables chefs de chœur comme Marie Chavanel et Alexis Dufaurre soient à la manœuvre.

Jean-Sébastien Bach est à la fête cette année. On l’improvise au piano, on s’en inspire à la guitare, on le célèbre au violoncelle. Pourquoi ce focus ?

Ré Majeure n’est pas un festival à thématique. Pas pour le moment en tous les cas. Pour Bach, il s’agit juste ici d’un hasard. Ça m’énerve tellement lorsque je suis invité dans des festivals d’être écrasé sous des thématiques. Ré Majeure est un moment de détente et de bonheur musical avec des artistes prometteurs ou reconnus qui viennent là pour passer un bon moment avec le public. Il y a certes plusieurs rendez-vous autour du Bach mais ce n’est pas un focus. Quand le festival durera une semaine, sera très soutenu par les pouvoir publics, nous pourrons alors réfléchir à des thématiques.

Ré Majeure est peu soutenu selon vous ? 

Très, très peu. On nous regarde comme un objet intéressant et un peu luxueux car on se débrouille toujours pour avoir des artistes fameux mais en fait tout cela est dû à l’énergie de mes équipes, de La Maline, du président du festival, à La Coursive de La Rochelle qui m’aide depuis le début. Je passe beaucoup de temps à m’occuper de l’Opéra de Bordeaux, Ré Majeure est un rendez-vous que je chéris mais je pense qu’un jour il va falloir taper du poing sur la table car nous méritons plus après tout ce que nous avons fait !

Un des évènements majeurs est la venue de la cantatrice américaine Vivica Genaux, accompagnée des Musiciens du Louvre. Pouvez-nous en dire plus sur son hommage à Farinelli ?

Vivica Genaux se produit avec les Musiciens du Louvre et son premier violon, Thibaut Noally, qui les dirige. Ils ont fait des récitals un peu partout en Europe ces derniers mois et je trouvais intéressant qu’il y en ait un écho à Ré Majeure. Vivica est une artiste pyrotechnique, spécialisée dans les airs de bel canto. Elle interprète les airs de castrats de manière spectaculaire, en soprano bien aguerrie. Nous savons aujourd’hui que les castrats tels Farinelli possédaient des cages thoraciques à un point qu’ils pouvaient faire des vocalises incroyables. Une soprano de talent peut égaler leur prouesse vocale. Pour cette 8ème édition, nous avons également la chance d’accueillir Stanislas de Barbeyrac. La soprano Julie Fuchs était programmée sur cette édition à l’origine mais elle vient d’avoir un heureux événement et nous avons dû la remplacer par Stanislas. Ce ténor a une carrière internationale immense et il réside à Barsac, près de Bordeaux. C’est un remplacement de très haut-vol, de luxe.

Musique pas bête is Bach, ateliers musicaux parents-enfants, œuvre également pour la transmission. Comment les enfants appréhendent la musique classique ?

Il est possible de découvrir, enfant, la musique de diverses manières. Concernant Nicolas Laffite qui animera ces ateliers, il a ce côté elfe conteur qui est irrésistible. On le connaît comme chroniqueur radio où il est précis et enveloppant mais dans ces ateliers il y a quelque chose de magique. Il arrive à se mettre les enfants dans la poche. Il fait une sorte de profession de foi pour futur mélomane. C’est très touchant et aussi important car ces enfants sont le public du Ré Majeure de demain.

Vous décrivez l’île de Ré telle la Cythère de la Nouvelle-Aquitaine. Que représente cette île pour vous ?

Avant tout un lieu d’évasion, de méditation, d’aération. C’est aussi une île qui me permet de passer beaucoup de temps avec mes chevaux, avec la mer, le soleil mais aussi la pluie … Comme beaucoup d’artistes, je crois que quand on arrive sur le pont, nous avons une espèce de mise en condition de bien-être profond. De par son architecture, il y a une impression d’immuabilité, même si l’île se métamorphose, qu’on y construit. Ré reste tout de même un paradis, bien plus intime que la Provence ou le Cap-Ferret. D’ailleurs je connais énormément de Bordelais qui viennent profiter, toujours plus nombreux chaque année, des charmes de Ré.

Au Haras du passage de Loix se clôturera Ré Majeure avec un spectacle-surprise. Intriguant. Pas moyen d’en savoir un peu plus ?

Une surprise reste une surprise. Nous sommes dans un lieu équestre donc cela donne déjà quelques indices. Il y a de jeunes artistes présents sur le festival, des jeunes toujours prompts à faire des surprises, à créer en s’amusant … attendez-vous à les voir sur la clôture du festival mais je n’en dirais pas plus !

Vous avez justement un projet de création avec l’artiste équestre rhétais Manu Bigarnet …

Là aussi je ne peux pas vous en dire trop si ce n’est que ce projet est imaginé par un trio de maître d’œuvres : le metteur en scène Vincent Huguet, ancien assistant de Patrice Chéreau et qui connaît bien l’Opéra de Bordeaux pour y avoir signé des mises en scène, Manu Bigarnet et moi-même. Ce sera un spectacle très anglais, qui sera dévoilé en 2020 dans la grande saison britannique à Bordeaux. Je pense que cela va être une oeuvre rare qui mélangera musiciens et cavaliers de manière totale. Patience, nous vous en dirons plus très prochainement !

Propos recueillis par Cédric Chaory.

visuel de Une: ©Benjamin Chelly


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