Les Rebelles Ordinaires : tu seras solidaire, mon livre !

Guillaume, Bérengère et Sandra

À l’heure où l’on déplore que la lecture perde du terrain face à d’autres activités, Les Rebelles Ordinaires réinvente le concept de la librairie et milite pour que le plaisir de lire soit aussi tendance que flâner sur les réseaux . Rencontre avec Guillaume, rebelle lettré.

Ce lieu est magnifique. Qu’était-ce avant de devenir une librairie ?

C’était une antenne de la Sécu, c’est pour cela que nous militons pour que les livres soient remboursés ! D’être installé ici nous occasionne encore le passage d’assurés vu que la Sécu n’a toujours pas changée son adresse sur son site Internet. À l’origine cet étage n’était pas ouvert au public, il nous a fallu faire beaucoup de travaux pour qu’il soit aujourd’hui aussi cosy avec ses jolies poutres. C’est ici que les lecteurs prennent un café tout en consultant gratuitement les livres, nous y organisons aussi nos soirées vu que tout le mobilier est démontable ou sur roulettes. Nous avons obtenu ce local avant de faire toutes les démarches administratives liées à l’ouverture d’une librairie. C’est assez peu conventionnel mais nous avons eu un tel coup de cœur pour cet espace que nous craignions qu’il nous échappe.

Les Rebelles Ordinaires est donc une librairie indépendante ET solidaire. Qu’est-ce à dire ?

Indépendant c’est juste un terme qui signifie que nous ne sommes pas liés à un groupe type Cultura. Gréfine, Mille Sabords, Les 4 saisons et Calligrammes, les autres librairies du centre-ville rochelais ont également cette dénomination commerciale. Nous ne sommes donc pas plus indépendantes qu’elles. Par contre l’adjectif solidaire c’est notre marque de fabrique. Ici on peut venir lire gratuitement les ouvrages dans un espace réservé à cet effet en sirotant un café ou un thé offert. On encourage même notre public à le faire car consulter un livre ne l’a jamais abîmé. Nous voulons vraiment réintroduire de la gratuité dans les rapports marchands. Bien sûr les médiathèques proposent cette gratuité de la lecture mais il y a toute une démarche pour y accéder et ce n’est pas toujours dans l’usage de certaines personnes. Ici c’est un commerce, il y a juste à pousser la porte. Et je précise qu’on a le droit d’y rentrer avec ou sans argent car personne ne doit y être exclu.

Avec cette démarche, nous nous sentons plus libres de défendre nos ouvrages car nous ne sommes pas là pour faire l’article de telle ou telle publication dans le but ultime de la vendre. On préfère promouvoir de manière désintéressée, qu’importe qu’il y ait vente ou pas !

Je pense que proposer cette lecture gratuite est un bon compromis à l’heure où la musique et le cinéma sont accessibles de manière gratuite sur le Net, certes de manière illégale.

Nous avons également une politique de petits prix. Nous proposons peu de grand format et privilégions les poches qui paraissent désormais quasiment un an après la version grand format. Ici pas de best-sellers mais nous défendons certains grand format, issus de maison d’éditions singulières. Je n’ai vendu que 2 Astérix et la Transitalique cet hiver alors que c’est la plus grosse vente du moment en France. Nos clients ne viennent pas acheter des best-seller mais plutôt dénicher des pépites un peu plus rock’n’roll ou des ouvrages de société.

Nous privilégions d’ailleurs tous ce qui à pour thématique l’économie alternative, l’écologie, les minorités, le féminisme, la lutte contre le racisme, la pédagogie … Tout ce qui a trait au mieux-être en somme. Nous lisons tous ces ouvrages pour aiguiller au mieux nos clients car il faut savoir distinguer les livres très militants des tout public. En gros, nous souhaitons que nos clients aient accès à des livres qui prônent une société plus ouverte.

Une société de rebelles ordinaires ?

Pour nous la rébellion n’a plus rien à voir avec des figures iconiques tels que le Che ou Martin Luther King. Nous sommes dans une époque où les individus sont isolés et ne veulent pas forcément s’en remettre à la force d’un groupe. Cependant nous trouvons qu’il y a beaucoup de personnes qui isolément mène des actions pour un meilleur. Ce sont ces révolutions personnelles qui nous intéressent et que nous souhaitons unir. Nous sommes là pour eux. Il y a l’idée de créer une communauté autonome où nous serions qu’un point de passage. Contrairement à une librairie classique qui organise des rencontres littéraires (dont certaines sont bien souvent des causeries) nos soirées questionnent l’évolution du monde et cherche à libérer la parole. Elles sont très tournées vers les sciences-humaines, nous accueillons aussi régulièrement les Amis du Monde Diplomatique, un mensuel que la librairie apprécie particulièrement pour sa réflexion sur notre époque. Aujourd’hui nos soirées sont un vrai succès. Une de nos dernières – sur l’hyper-sensibilité- fut un tel succès que nous devons l’organiser à nouveau pour accueillir les recalés.

La Rochelle manque t-elle de lieux comme le vôtre ?

Oui surtout depuis la fermeture fin mars du Aïon bar culturel et solidaire. Pendant 3 ans l’équipe a fait un super travail mais la gestion d’un bar plus l’organisation de concerts est une logistique très lourde et cela a eu raison de l’enthousiasme de l’équipe. Un bar qui propose tout une programmation culturelle n’est pas en soi nouveau, Les Rebelles Ordinaires vient, par contre, casser des codes : ceux de la librairie qui n’aurait que des livres à vendre.

Récemment c’est ouvert le Bathyscaphe, près de la faculté de Lettres. C’est un bar-restaurant d’ambiance steam-punk. Il possède une bibliothèque composée pour l’instant de bouquins de récup mais nous travaillons à leur constituer une bibliothèque raccord à leur univers très Jules Verne. Nous aimons à déposer dans les boutiques des livres. On y glisse une petite note de lecture, notre carte et on distille de la littérature un peu partout …

Vous parliez de l’équipe de l’Aïon. Qu’en est-il de la vôtre ?

Nous sommes 4 actuellement. Bérangère et moi sommes les associés principaux. Il y a aussi Sandra qui s’occupe du rayon BD et mangas. Elle possède une solide culture sur ces univers. Et puis récemment Gaëlle nous a rejoint. De cliente, elle est devenue employée. Pour l’instant, dans le cadre d’une reconversion professionnelle, elle est stagiaire mais nous sommes en train de créer un poste pour elle, face au succès de la librairie. Au-delà de ses compétences, elle a tout d’une rebelle ordinaire, et c’est une condition sine qua non pour nous rejoindre.

Vous citiez des 4 autres librairies rochelaises en début d’interview. 5 librairies indépendantes pour La Rochelle n’est-ce pas trop ?

Mais pas du tout. C’est fou que l’on se pose cette question pour une librairie mais pas pour des boutiques de fringue. Il suffit juste de créer l’offre. 20% de nos clients sont des personnes qui ne lisaient plus et qui s’y remettent après être venues à une conférence ou avoir poussé notre porte. Beaucoup retrouve ce plaisir de la lecture, où l’on n’est pas sans cesse dérangé par des spam, des notifications. Posons-nous la question de savoir pourquoi les gens lisent moins ? Sans doute que d’autres loisirs priment aujourd’hui comme le visionnage de série TV dont l’équipe de la librairie est friand mais ce lâcher-prise qu’offre la lecture est précieux. Les Rebelles Ordinaires n’auront de cesse de le promouvoir.

Propos recueillis par Cédric Chaory

https://www.facebook.com/LesRebellesOrdinaires/

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