Le Bunker: une immersion dans La Rochelle période 39-45

Niché au 8, rue des Dames, le bunker est un des musées incontournables de La Rochelle. Ouvert depuis mai 2013, les curieux s’y pressent pour faire un  grand bond dans le passé. Plus précisément à La Rochelle au temps de la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

Sous l’hôtel … des étrangers

Au tout début il était un hôtel construit milieu du 19ème siècle : L’hôtel des Étrangers appartenant à monsieur Menez. Un établissement prospère aux 75 chambres qui voit son histoire bouleversée par l’arrivée, en juin 40, des troupes allemandes. Réquisitionné derechef par les Nazis, la pension héberge la 3ème flottille de sous-marins allemands dès novembre et durant toute l’occupation. Tout aussi rapidement, l’hôtel subit d’ambitieux aménagements. En effet ses occupants décident de la construction d’un bunker. Pour ce faire deux immeubles de la rue sont rasés pour construire une excavation permettant de loger un abri de 280m2 aux murs épais de 2m de béton armé.

Les rues du quartier barricadées, impossible pour les Rochelais de soupçonner la construction d’un tel édifice qui se révèlera très utile pour les Allemands. La ville n’a t-elle pas connue près de 350 alertes aériennes de juin 40 jusqu’au 27 août 44 ?

8 mai 1945 : La Rochelle retrouve sa liberté. Sa population ne contient plus que 15.000 âmes, ses habitants ayant fui leur ville-forteresse durant le siège. Peu à peu la vie reprend ses droits dans le port et Monsieur Menez réintègre son fameux hôtel. Il y découvre alors le bunker qui sera un temps réutilisé par la Marine Nationale, mais trop confiné et sans ouverture sur la rue, l’abri souterrain est délaissé, puis oublié. Jusqu’en 1982.

Racheté par un promoteur immobilier, L’hôtel des étrangers est voué à devenir un immeuble d’habitation. Mais alors que faire du bunker ? Des caves sont envisagées jusqu’à ce que Jean-Marc Labour rachète le vestige en vue d’y installer sa propre collection de photos et de matériel d’époque. Le « Musée rochelais de la Guerre » est né. « C’était un petit musée où Monsieur Labour était guide, animait des repas d’époque. Ouvert occasionnellement et pour des petits groupes » précise Marine Letellier, responsable du Bunker. Trop accaparé par son mandat de Président de l’office de tourisme, Monsieur Labour se sépare du son abri militaire pour le concéder aux Frères Brauer, passionnés d’histoire et déjà propriétaire du Grand Blockhaus de Batz-sur-Mer et du Blokhaus Hôpital – Musée 1939-45 des Sables d’Olonne.

Le bunker ouvre alors ses portes.

À l’intérieur du Bunker

Dans les dédales du musée s’enchaînent diverses pièces qui content la vie des Rochelais en temps de guerre. Avec affiches annonçant le couvre-feu, reconstitution sous vitrine de scènes historiques (comme ce 23 juin 1940 où Léonce Vieljeux refusa de hisser pavillon allemand sur les toits de sa mairie), arsenal et autres postes de commandement radio, le musée propose un fonds extrêmement documenté et admirablement scénographié pour un lieu qui par sa configuration pourrait être vite anxiogène. La lecture de la dizaine de panneaux thématiques offre mille et un détails sur l’histoire de la seconde Guerre Mondiale.

Mais le clou de la visite est incontestablement le bar du bunker. Présenté intégralement dans son état d’origine avec son carrelage, son faux plafond et ses boiseries murales, parés de fresques marines et naïves peintes par deux artistes civiles allemandes originaires d’Hambourg (qui tentent là d’insuffler un peu d’humanité à l’endroit) le bar tranche avec les autres pièces exigus et gris-bêton du musée.

On comprend que le lieu ait connu des fêtes très arrosées pour célébrer notamment le retour victorieux d’un équipage ou les veilles de départ en mission, qui pouvaient durer plus de deux mois en mer. « Le Bunker permettait de protéger les officiers en cas d’alerte mais il fut surtout un lieu de fête avec son bar. Les Allemands fréquentaient les autres bars en ville mais dans celui-ci caché, confiné. l’ambiance y était différente et recherchée. » explique Marine Letellier.

Caché, confiné dans la rue des Dames, le Bunker a énormément de choses à vous raconter. Dans le cadre des Journées du Patrimoine, il propose un tarif préférentiel (5,50 € l’entrée). Occasion pour ceux qui ne connaissant pas encore cet étonnant musée rochelais de s’y rendre. Divers jeux de piste pour adulte et pour enfant (6-12 ans) sont proposés pour pimenter la visite approuvée par 35.000 personnes chaque année.

Cédric Chaory.

Propos de Marine Lettelier recueillis à la terrasse du Lili Bar : https://www.facebook.com/lili.bar.lr

http://bunkerlarochelle9.wixsite.com/lebunkerdelarochelle

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