L’an UN de Malik Djoudi

Étoile montante de l’électro-pop française, l’artiste Malik Djoudi a ouvert la tournée du label La Souterraine en Nouvelle-Aquitaine, fin février au TAP de Poitiers. Avant son passage aux Chantiers des Francos – 10 mars prochain – le chanteur poitevin répond aux questions des Chroniques d’Aliénor.

Votre actualité est la récente sortie de votre clip Cinéma tourné par Clément Sibony et Marcel Hartmann avec Cécile de France. Qui a décidé de l’ambiance très hitchockienne de ce court-métrage ?

Les deux réalisateurs ont eu l’idée de cette référence à Vertigo d’Hitchock. Une idée qui m’a tout de suite convenue. J’aime le cinéma d’Alfred Hitchock, le cinéma globalement. Il me permet de rêver, d’imaginer, d’oublier de penser aussi. Faire le vide …

Ah mais je pensais que vous aviez « peur du vide » ? (en référence au titre inaugural de l’album Peur de rien, NDLR)

Bien vu ! (rires). Il ne s’agît pas du même vide là. Faire le vide autour de soi, le temps d’un film, pour s’évader, ne me fait pas du tout peur.

Votre album UN a eu droit à deux sorties. Une parution chez le label La Souterraine puis chez Wagram ?

Oui c’est assez rare. La Souterraine, label de pop underground m’a signé en premier. Benjamin Caschera et Laurent Bajon, créateurs de la structure, définissent leur label comme « labo d’observation de l’underground musical français » et ça m’allait très bien. Puis 5/7, label de Wagram m’a proposé une nouvelle édition de UN. À l’identique mais forcément avec plus d’exposition. J’ai accepté tout comme la Souterraine.

Naguère chanteur dans des formations rock aux textes anglophones, vous percez avec des textes en français baigné d’électro-pop. Quand s’est opéré le tournant ?

Je suis d’origine franco-algérienne et vietnamienne. Quand ma grand-mère, qui vivait au Vietnam, est décédée, je suis parti pour la voir une dernière fois et suis resté bien plus longtemps que prévu. Un mois et demi en tout. J’ai pu découvrir des similitudes entre les membres de ma famille, similitudes que j’ignorais totalement. À mon retour, j’ai souhaité plus de sincérité dans ma démarche artistique, d’écrire de manière plus naturelle, intègre. J’ai donc commencé à écrire en français en combattant l’idée que cette langue sonnait moins musicalement et j’y ai pris goût. Des chansons sont vite apparues.

Vos textes sont relativement énigmatiques, comme oniriques. Quel est votre processus d’écriture ?

Mes textes reflètent ce que je traverse dans ma vie, depuis 38 ans, mêlé à de la fiction. Je m’inspire de ce qui m’entoure aussi. Il est toujours complexe d’expliquer d’où vient son inspiration en fait. Le processus reste mystérieux pour moi aussi.

Vous représentez la nouvelle génération de pop française qui n’a jamais été aussi créative. Vous concernant on cite Daho, Sébastien Tellier et surtout Christophe. Vous cautionnez ?

Loin de moi l’envie de ressembler à untel mais forcément que cela fait plaisir de voir son travail rapproché de celui d’Etienne Daho, de Tellier ou Christophe. D’autant plus que j’écoute assez peu leur musique. D’une manière générale, j’écoute peu de musique. J’ai mes disques de prédilection, je me tiens un peu au courant mais au moment d’écrire je n’écoute rien.

Vous avez réussi le défi de faire un album cosy-groovy, non ?

J’ai écrit, je pense, des ballades électro-synthétiques, de la pop française rythmique mais également planante. J’ai posé ma voix dessus, sans la trafiquer, sans faire d’effet de style. Je refuse la performance. Sans doute que l’ensemble est cosy-groovy oui …

Vous avez également collaboré avec le chorégraphe Pierre Rigal. Que vous a apporté la danse ?

Pour Pierre j’ai été danseur-musicien-comédien sur trois de ses pièces dont Micro et Paradis Lapsus. Cette collaboration m’a donné une vision d’ensemble sur un spectacle réunissant notamment la musique et la danse. Le travail sur la lumière aussi. J’ai eu cette chance de beaucoup tourner aussi et donc d’apprivoiser toujours un peu plus la scène. Mon actuelle formation au Chantier des Francos de La Rochelle parachève ce travail.

Le cinéma, la danse, la télévision aussi. Un média de masse pour lequel vous avez travaillé et qui à priori ne vous a pas épanoui ?

J’ai créé des génériques pour des émissions de télé-réalité. C’est le début de ma carrière qui n’a rien à voir avec ce que je suis aujourd’hui. Je ne mets pas cette expérience dans le même panier de tout ce que j’ai pu faire par la suite comme artiste. J’avais 20 ans, je répondais à une commande, j’étais dans l’ombre et découvrait comment fonctionnait un milieu dont je suis très éloigné aujourd’hui, sans rien regretter.

Parlons pour finir de cette pochette d’album énigmatique.

Ce collage est signé Guillaume Chiron. Il avait créé cette œuvre bien avant qu’elle devienne une pochette d’album. Cette image me représente bien à un temps T, notamment celui avant la sortie de l’album. Je suis sur un cheval et je ne peux aller nulle part, j’attends de voir ce qui se passera pour moi. Aujourd’hui je peux dire que j’avance. J’ai trouvé l’angle par lequel aborder la musique, ma musique. Ce que je crée me plait beaucoup, c’est comme une renaissance ce que je vis en ce moment.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

http://malikdjoudi.com

 

 

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