La Coupe d’Or : le théâtre-bijou de Rochefort

PATRIMOINE – Cette saison, les théâtres de La Coursive et de La Coupe d’Or inauguraient un avenir commun en réunissant leurs ambitions artistiques en matière de promotion de la création contemporaine, de rayonnement territorial et de dynamique de démocratisation du spectacle vivant. En amont de la programmation du Petit Poucet de Simon Falguières, une visite exceptionnelle était organisée par Cécile Fleury, secrétaire générale du lieu. 40 minutes d’éblouissement architectural.

Un théâtre italien rouge et or

Depuis sa mise en chantier, en 1766, à l’époque où l’aura de Rochefort rayonnait à Versailles, et jusqu’à nos jours, le théâtre de la Coupe d’Or a toujours suscité une admiration, consacrée par son statut de monument historique conquis en 1969. Connu et reconnu, l’édifice cache toutefois bien son jeu derrière sa belle façade sur rue, rythmée par une série de pilastres et de frontons. Loin d’être facile à retracer, en raison de sources souvent lacunaires, son histoire est plus riche et complexe qu’il n’y paraît. Elle débute dans les années 1760, quand quelques rochefortais influents envisagent d’élever une première salle de spectacle en lieu et place des halles. Vite abandonné car trop dispendieux, l’édifice est finalement mis en chantier à son emplacement actuel et inauguré en 1767. Tragédies classiques, comédies, opéras et spectacles lyriques y feront ses beaux jours.

Il connaîtra à partir de 1852, plusieurs grandes phases de mutations (dont la plus spectaculaire reste l’aménagement de son foyer) qui donneront à la salle de spectacles ses proportions actuelles. Restauré et mis aux normes entre 2007 et 2012 sous la direction de Thierry Algrin, architecte en chef des monuments historiques, le théâtre de la Coupe d’Or éblouit aujourd’hui avec son hall, son escalier d’honneur, son foyer (orné de six tableaux peints de Marius Galy).

Mais le clou du spectacle est incontestablement sa salle de spectacles qui peut accueillir près de 400 spectateurs. Par son plafond peint d’Abel Trinocq en 1884 d’après un projet du peintre parisien Augustin Constantin où virevoltent muses antiques, allégories et grands noms des Lettres françaises ; son imposant lustre en cristal de Bohème ; ses loges en baignoires et ses balcons, ce théâtre à l’italienne a fier allure.

Contrairement à une idée reçue, la salle de spectacles actuelle n’est pas celle qui avait été conçue par l’architecte Giovanni Berinzago, au 18ème siècle. Elle doit ses proportions actuelles à l’architecte Antoine Brossard, qui l’a élargie et reconstruite en 1852, en ne laissant subsister que les murs nord et est du théâtre précédent. Récemment, en abandonnant sa peinture bleue, elle a retrouvé ses couleurs rouge et or, dans l’esprit Empire de ses origines.

L’Olympia

Acquise par la ville en 1998 pour constituer une annexe au théâtre, l’ancienne salle de spectacles de l’Olympia possède une histoire à part entière. Ses bâtiments adossés au côté nord de la Coupe d’Or, ont abrité à la fin du 19ème la distillerie des Deux Charentes, dont l’incendie avait failli embraser une partie du quartier en 1891. Quelques années plus tard, la fermeture de l’établissement entraîna la fondation de l’Olympia. Ce nouvel établissement, né en 1924, englobait un cinéma ainsi qu’une salle des fêtes, qui fut décorée par l’artiste peintre rochefortais Edouard Boutinard (1887-1954) durant les années folles. Salle de fêtes montrée en exclusivité à la quarantaine de spectateurs rochelais venus tout spécialement ce samedi 9 février. Baignant dans son jus (ses belles tapisseries années 30 impressionnent par leur graphisme), elle n’est visitée sporadiquement par les services du patrimoine pour de brefs contrôles de sécurité. Cécile Fleury s’est donc assurée que cette salle soit bien vidée de tous ses chanceux visiteurs avant de la refermer à clé pour un long temps.

Une partie de l’Olympia a été englobée dans le projet de réhabilitation du théâtre. Pour cette raison, l’espace d’accueil ainsi que les bureaux qu’il abrite, ont été recomposés et le monumental escalier latéral en bois a dû être démonté et en partie redessiné pour être placé dans l’axe du hall d’entrée.

Les prochaines visites de la Coupe d’Or pour les spectateurs de La Coursive auront lieu le 11 avril à l’occasion du Théâtre baroque vénitien de Maud Gratton et le 23 mai lors du concert de Freaks de Théo Ceccaldi. Un bus au départ de la préfecture vous emmènera à Rochefort pour la découverte de ce joyau architectural.

Cédric Chaory.

PROGRAMMATION: http://www.theatre-coupedor.com/

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