Jean Magnard – Cie Made in Movement: Faster, stronger, better … tu meurs

Les Éclats chorégraphiques de La Rochelle proposent tout au long de leur saison plusieurs fenêtres sur création intitulées « Premier Regard » soit une restitution d’étape de travail réalisée au studio, suivie d’un échange entre public et artistes accueillis dans ce pôle artistique pour la danse contemporaine en Nouvelle-Aquitaine.

 

Les lumières de la Chapelle Saint-Vincent sont à peine rallumées que Jean Magnard se lance. « Quelles sont vos impressions ? » questionne à la volée le chorégraphe bordelais au public rochelais venu découvrir un extrait de Ping Pong sa prochaine création.

Courageux de sa part quand on sait qu’il a dû présenter dix minutes d’un solo, préalablement filmé et diffusé sur grand écran – Élias Ardoin son interprète étant parti danser le jour même en Irlande – et que la dite pièce n’en est qu’à son cinquième jour de création.

Du tac au tac, un homme dans l’assemblée répond : « J’ai ressenti quelque chose de très cérébral. Où est l’émotion ? », un autre enchaîne « Moi j’y ai vu du Pina Bausch avec un côté à la fois rétro et futuriste », une femme argumente plus longuement : « Le danseur me fait penser à un pantin, un automate. L’atmosphère de la pièce est oppressante et on espère une échappée car on sait que la chute sera alors dévastatrice » … Jean Magnard écoute attentivement avant d’expliquer les coulisses de l’œuvre en gestation qui entend traiter de la fuite du temps et de la compétition imposée dans nos sociétés marchandes.

Fasciné par les traders accro à l’adrénaline et les cathédrales émotionnelles que sont les Arena les soirs de compétition sportive, le chorégraphe s’interroge ici sur la modernité et la tendance à l’accélération, guidé par la lecture du Culte de l’émotion de Michel Lacroix.

Avec son interprète à la singulière technique hip-hop, Jean Magnard travaille à une gestuelle hybride qui combinerait son univers contemporain et jazz et techniques de danse urbaine. Une gestuelle faîte d’emballements qu’une musique electro jouant subtilement d’accélération et de décélération vient souligner. « J’utilise la matière chorégraphique que me propose Élias. Elle est éloignée de la mienne mais m’inspire. Le parcours d’Élias fait aussi écho au projet. Avant d’être danseur, il était champion d’athlétisme. Il passait des programmes pour gagner quelques centièmes de secondes sur ses courses. Aujourd’hui les traders fonctionnent de même, en usant de tous les stratagèmes pour gagner toujours plus et plus vite. » souligne le chorégraphe précisant qu’au Japon le terme « karoshi » désigne la mort par surmenage au travail. Un non-événement au pays du Soleil Levant où il n’est pas rare de trouver des traders, gisant morts d’épuisement sous leur bureau.

Perdre sa vie à la gagner, perdre son temps à courir après … les quelques minutes de Ping Pong dévoilées à l’occasion du premier « Premier Regard » de la saison des Éclats chorégraphiques donnent envie d’en voir plus. À suivre.

Cédric Chaory.

Visuels de Une: ©Gilles Palmer (visuel non tiré de Ping Pong)

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