Incarnations éthiopiennes #4, une exposition de Sylvie Tubiana.

D’Arthur Rimbaud à Hugo Pratt, de Joseph Tubiana à Abba Jérôme*, Sylvie Tubiana revisite I’Éthiopie. Portée par des formes différentes (photos, vidéos, installations) qui travaillent l’image et l’écrit à travers la matière lumière, l’exposition Incarnation éthiopienne #4 est à découvrir à la Médiathèque Michel Crépeau.

 

#4 pour signaler qu’Incarnation éthiopienne de la plasticienne rochelaise Sylvie Tubiana investit là son quatrième espace après ceux du Musée Arthur Rimbaud de Charleville-Mézières (2013), de la Cité internationale de la bande-dessinée et de l’image d’Angoulême (2013) et de la Galerie contemporaine des Voûtes du port de Royan (2014).

Exposition en grande partie axée sur Rimbaud et la ville d’Harar avec des photographies couleurs grand format et deux installations in situ, Incarnation éthiopienne #4, visible jusqu’au 30 janvier à la Médiathèque Michel Crépeau, permet également de découvrir la peinture ancienne éthiopienne ainsi que des objets: manuscrits, croix, vanneries, tissus provenant d’Ethiopie. Sans oublier le travail d’un sculpteur contemporain d’origine éthiopienne Mickaël Bethe-Selassié.

Le Juge de Mickaël Bethe-Selassié (oeuvre non exposée)

Tournée principalement vers l’intime et notre façon d’être au monde, Sylvie Tubiana se penche depuis quelques années sur les cultures et les civilisations différentes. Après avoir exploré les replis de l’intime et les multiples facettes de son propre corps hissé au rang de pure abstraction, puis succombé à la fascination du Japon et de son éloge de l’ombre, elle ressent le besoin, au décès de son père en 2006, de retourner sur les terres de son enfance : l’Éthiopie.

De son travail, la plasticienne dit qu’il est « lié à l’intime et à la singularité de « l’être au monde ». C’est une recherche qui associe création photographique, vidéo et installation lumière qui chacune à sa manière, travaillent l’image et la matière lumineuse. Il s’inscrit dans mon cheminement artistique de projection d’images ensuite re-photographiées ou filmées qui a débuté en 1992. Depuis quelques années, mon œuvre interroge des civilisations et des cultures lointaines. »

En travaillant sur la culture éthiopienne, la figure mythique du poète Arthur Rimbaud, devenu commerçant en Ethiopie (pays du café) à Aden et à Harar, s’est imposée à l’artiste. Le fantôme du poète maudit est vite rejoint (dès l’exposition angoumoise) par celui d’Hugo Pratt avec l’accrochage de planches tirées de ses Éthiopiques (dès 1978). Du dessin prattien surgit lentement sous la photo, ou l’inverse. Le sourire d’une jeune femme vient ainsi se superposer à celui d’un portrait en quelques traits signé Hugo Pratt. Ce travail sur la transparence récurrent tout au long de l’exposition est une manière pour la plasticienne rochelaise d’affirmer qu’il n’y a pas de frontières entre la vidéo, le dessin, le numérique, l’argentique.

Sont également exposées des peintures populaires anciennes du début du XXème siècle, peintures religieuses orthodoxes plus proches de l’art copte que de l’art byzantin et diffusée une vidéo-projection, à travers une légère moustiquaire, présentant des poèmes de Rimbaud dont le célèbre Voyelle, des extraits de la Lettre du Voyant à Paul Demeny, Royauté … ou de la correspondance d’Aden ou d’Arar, couplés avec des projections de la maison rimbaldienne à Harar reconstituée.

Installation éphémères, peintures naïves, projections, Incarnation éthiopienne #4 redessine un nouvel espace entre passé fantasmé et éternel présent. De ce théâtre d’ombres et de lumières, nul voyeurisme, nul exotisme car scénographe de la mémoire, Sylvie Tubiana a refait à sa manière un sensible et chimérique voyage vers l’Éthiopie.

Cédric Chaory

 *(informateur de Michel Leiris dans L’Afrique fantôme)

Informations pratiques : 
http://bibliotheques.agglo-larochelle.fr/AgendaCulturel/portal/Event.aspx?INSTANCE=EXPLOITATION&ID=227

 

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