Gustave Guillaumet à l’honneur au Musée des Beaux-Arts de La Rochelle.

Événement national : le Musée des Beaux-Arts de La Rochelle inaugure début juin une rétrospective du peintre Gustave Guillaumet. Orientaliste moins connu qu’un Delacroix ou le rochelais Eugène Fromentin, cet artiste propose une vision réaliste d’une Algérie immémoriale, loin des fantasmes légions dans ce courant pictural.

 

119 ans. Il aura fallu attendre 119 ans pour que le peintre parisien Gustave Guillaumet se voit honoré d’une rétrospective. La dernière fois c’était en 1899, douze ans après sa mort, à l’initiative de la Société des Peintres orientalistes français. En juin prochain ce sera pas moins de trois musées territoriaux qui sortiront de l’ombre l’œuvre du peintre : ceux des Beaux-Arts de La Rochelle et des Beaux-Arts de Limoges ainsi que La Piscine-musée d’Art de d’Industrie André Diligent à Roubaix.

« Comme d’autres artistes, il y a des sorties de radars puis on les redécouvre soudainement. Concernant Gustave Guillaumet, les spécialistes de l’orientalisme le connaissent bien. Trois de ses œuvres sont d’ailleurs en bonne place dans le musée d’Orsay, le peintre n’est donc pas tombé dans l’oubli. Un de ses descendants est venu me proposer il y a quelques années de remettre à l’honneur son aïeul. L’idée a depuis fait son chemin. » précise Annick Notter, directrice des musées d’art et d’histoire de La Rochelle, commissaire générale de L’Algérie de Gustave Guillaumet aux côtés de Bruno Gaudichon, conservateur en chef, directeur du musée d’Art et d’Industrie André Diligent/La Piscine de Roubaix, d’Anne Liénard, conservatrice du Patrimoine, directrice par intérim du musée des Beaux-Arts de Limoges et Marie Gautheron, commissaire scientifique du projet.

Incontestablement L’Algérie de Gustave Guillaumet est un événement. Seule exposition reconnue d’intérêt national en Nouvelle-Aquitaine pour l’année 2018, cette rétrospective bénéficie, aux mêmes titres que les 20 expositions nationales labellisées cette année, d’un soutien financier exceptionnel de l’État et du musée d’Orsay. Pour obtenir ce label, L’Algérie a du montrer patte blanche en proposant un discours muséal innovant, une approche thématique inédite, une scénographie ou un dispositif de médiation permettant de toucher des publics variés. Une centaine d’œuvre constituera l’exposition dont 70% provient de fonds privés. Sur ces 70%, la moitié émane de la famille Guillaumet.

Autoportrait ; coll. part. cop. A. Leprince

Gustave Guillaumet (1840-1887)

Né le 25 mars 1840 à Paris, Gustave Guillaumet, fils d’un riche teinturier, entre à 27 ans à l’École des Beaux-Arts où il suit les cours de François-Édouard Picot et Félix Barrias. En 1861, il tente le concours du Prix de Rome dans la catégorie du paysage historique mais n’arrive que second. Il décide néanmoins de partir pour l’Italie à ses frais. À Marseille, où la tempête le retient, le hasard veut qu’un bateau soit en partance pour Alger. Il embarque. Débute alors une belle histoire entre le peintre et ce pays du Maghreb. À l’occasion du premier séjour, il amasse une ample moisson de dessins et d’études. En 1863, à vingt-trois ans, il présente au Salon la Prière du soir dans le Sahara acheté par l’État pour le musée du Luxembourg. Entre 1862 et 1884, il y fait dix ou onze longs séjours, parcourant le pays de part en part, toujours en quête d’expériences authentiques au sein de populations préservées du contact européen. Du Tell au Sahara, il arpente le territoire. S’il fréquente assidument l’Oranie dans sa jeunesse, il réside surtout dans le Sud dans les années 1880. Partout il note, dessine et peint au saut du cheval ou dans des ateliers de fortune, travaux qui serviront la composition des tableaux de Salon, achevés dans l’atelier parisien.

De l’Oranie, très présente dans nombre de ses oeuvres majeures – où il décrit le labeur des paysans, les haltes de civils ou de militaires dans les Hauts Plateaux – en passant par la Kabylie ou les Aurès – lieu d’observation avec attention bergers, cultivateurs, marchands ou artisans – toute l’Algérie sera croquée par le peintre mais c’est le Sud, région dans laquelle Guillaumet a le plus durablement séjourné, qui aura ses faveurs. Dans ces vastes zones arides, il développe une vision de l’Algérie opposée aux clichés enchanteurs de l’Orient africain : immensité morne du Sahara, austérité des gorges d’El Kantara, marché irradié de lumière crue, oueds miroitants.

Scène de gourbi à Biskra coll. part. cop. A. Leprince

Un orientalisme autre

« À la vision très fantasmée de l’Orient qu’ont proposé Fromentin ou Delacroix, Gustave Guillaumet peint un Orient plus réaliste. Il y a vécu suffisamment longtemps pour saisir au plus juste l’âme du pays et de ses habitants. Eugène Fromentin y est allé très peu et peignait, sur la base de ses souvenirs, bon nombre de nobles cavaliers à cheval. Delacroix avec ses Femmes d’Alger dans leur appartement a mit en scène deux femmes juives quand Guillaumet fut un des rares artistes à entrer dans l’intimité des maisons algériennes pour y peindre des femmes-autochtones. Nous avons affaire là à une vraie vision ethnographique. » souligne Annick Notter

Comme tous les orientalistes, Guillaumet s’intéresse exclusivement aux sociétés traditionnelles et bannit toute représentation de la présence militaire française ou de la colonisation : sa peinture de genre célèbre la beauté d’une Algérie immémoriale. Cette exploration irradie l’ensemble de son oeuvre. Si sa palette de sujets ne cesse de s’enrichir, s’ouvrant progressivement aux femmes, aux enfants ou aux habitations sahariennes, certains motifs se retrouvent d’un bout à l’autre de son activité, comme celui qui témoigne de son itinérance et célèbre la présence de la vie dans de vastes paysages sauvages.

L’exposition sera ainsi l’occasion de découvrir quelques unes des plus célèbres œuvres du peintre dont La famine, un des rares témoignages de la catastrophe qui toucha l’Algérie entre 1866 et 1868* mais aussi les nombreuses peintures de « l’infini du désert » qui apportèrent une contribution majeure à l’invention du désert en participant d’un grand mouvement de promotion des pays arides et de leurs cultures dans les cultures occidentales (Le Sahara – 1868) ou encore ses douces visions du Sud Algérien (Femmes du douar à la rivière, La Séguia près de Biskra …).

Dès le 8 juin et jusqu’au 17 septembre, le Musée des Beaux-Arts célèbrera donc le talent de Monsieur Guillaumet, chantre d’une Algérie immémoriale. Un événement pour ce musée qui s’apprête à entamer sa mue les prochains mois via l’embellissement d’une de ses ailes (rénovation de l’accueil et installation d’un ascenseur) ce qui occasionnera sans doute une fermeture temporaire. Raison de plus pour vous ruer Hôtel de Crussol afin d’y admirer L’Algérie de Gustave Guillaumet et la collection permanente du musée.

Portrait d’homme. coll.-part.-cop.-A.-Leprince

Cédric Chaory.

*un tiers environ de la population algérienne périt touchée par les épidémies et la famine.

L’exposition L’Algérie de Gustave Guillaumet est présentée :

  • au musée des Beaux-Arts de La Rochelle du 8 juin 2018 au 17 septembre 2018,
  • au musée des Beaux-Arts de Limoges du 19 octobre 2018 au 4 février 2019,
  • La Piscine de Roubaix du 8 mars au 2 juin 2019.

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