Dominique A : La majesté délicate …

Ce n’est pas un, mais deux albums que Dominique A a offerts à son public en 2018. Après Toute latitude, aux chansons rock enregistrées en groupe, le chanteur dévoile une autre facette de sa musique avec La fragilité. Sur scène, son talent ravageur hypnotise le public.

 

Quelques tables et chaises dispersées dans la grande salle, des fûts métalliques qu’entourent des chaises hautes, La Sirène s’est faîte cocon intime pour accueillir l’un des plus talentueux auteur-compositeur-interprète français, le très discret Dominique A.

Le tout jeune quinquagénaire n’a jamais été aussi prolifique qu’en cette année 2018 : la saison hivernale lui avait inspirée l’électro Toute latitude, sorti en début d’année. L’automne voit naître La fragilité, opus bien plus intimiste, formant ainsi un diptyque, incontestable victoire (Victoire ?) de la musique française. Deux saisons, deux écritures, deux styles, différents et complémentaires qu’il interprète à La Rochelle ce soir de novembre.

Ouvrant le concert avec le sublime titre La poésie, écrit le lendemain de la disparition de Leonard Cohen, Dominique A subjugue son public 2 heures durant en interprétant une trentaine de titres, alternant guitare classique et électrique. Dans le dénuement le plus total s’enchaînent ,à un rythme soutenu, les chansons issues de ces deux derniers opus mais aussi de précédents albums comme Eléor (2015) (dont le sublime Au revoir mon amour écrit avec Laetitia Velma qui ouvrit le concert dans une délicate première partie aux envolées pianistiques de haut vol), ou encore Vers les lueurs (2012). Il remontera même le temps jusqu’en 1992 en clôturant son tour de chant avec son mythique Le courage des oiseaux issu du non moins iconique album Le Fossette.

Peu spectaculaire sur scène, Dominique A voit pourtant accourir son public prompt à se délecter de sa poésie intemporelle portée par un chant singulier comme céleste. Dans une douche diffusant lumières rouge ou bleu, devant des vidéos où défilent forêt printanière, champ de blés ou prairie en fleurs, il égrène son répertoire tour à tour fragile, acide ou grinçant d’une grande puissance évocatrice. Le frisson est garanti, souvent contrebalancé par des sorties humoristiques, histoire de nous ramener les pieds sur terre. À la toute fin de la déflagration électrique de Nouvelles Vagues, Dominique A se confie : « Je me suis énervé là. Pour des raisons qui m’échappent d’ailleurs. Je vais me calmer, je vous le promets ». « Pas trop » hurle une fan. Idem lorsque résonnent les dernières notes de Tout sera comme avant, particulièrement applaudi : « Je signale que cette chanson n’avait pas du tout marchée à l’époque… le chanteur n’étais pas encore là. Mais aujourd’hui il est bel et bien là ». Cris dans la salle.

Avec ce concert hors-normes, Dominique A, seul avec sa guitare, prouve si nécessaire qu’il est incontestablement un des patrons de la chanson française. Lui, si humble, qui souligne : « en cette journée de la parution de l’album posthume d’Alain Bashung, je ne suis pas peu fier de vous interpréter cette chanson que je lui avais composée : Immortels ».

Avant lui Etienne Daho, Jane Birkin, Calogero ou encore Jeanne Balibar lui ont fait confiance pour leur écrire des textes en forme de bijoux. Comme on les comprend, Dominique A est un orfèvre.

Cédric Chaory.

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