David Fourrier: le chant de La Sirène lui réussit

La Sirène, SMAC parmi les plus célébrées de France, reçoit du lourd à La Rochelle en ce début 2018. À l’heure où son impeccable équipe fête sa reconduction pour 7 ans à la direction de ce paquebot, son directeur David Fourrier répond aux questions des Chroniques.

L’association XLR vient de se voir reconduire pour 7 ans la gestion de La Sirène. Félicitations !

Merci. La Communauté d’agglomération de La Rochelle nous a en effet demandé si on souhaitait re-postuler à cette direction en répondant à un nouvel appel d’offres. Nous bénéficions depuis 2009 d’une délégation du service public pour la gestion de cet établissement. D’ octobre 2009 à avril 2011 ce fut une période de préfiguration du lieu avec une programmation hors les murs, le développement de partenariats mais aussi la mission de suivi du chantier dans la définition des espaces, l’organisation générale du bâtiment jusqu’aux choix des couleurs et du mobilier. Un vrai travail de futur exploitant et ce fut un bonheur de travailler avec une équipe de l’architecte Patrick Bouchain (célébré pour son travail au LU à Nantes, Channel à Calais ou pour le Chapiteau de Bartabas).

Puis depuis avril 2011, nous pilotons notre projet dûment expliqué dans l’appel à projet de 54 pages qui définit bien les raisons pour lesquelles nous sommes aidés. Notre reconduction ne tombe pas du ciel, nous avons donc dû écrire à nouveau un appel à projet en nous projetant jusqu’au … 31 mars 2025.

L’ensemble de l’équipe de La Sirène avait envie que l’aventure se poursuive. Le lieu a trouvé son public : ses utilisateurs (500 musiciens qui pratiquent la musique dans nos locaux), ses spectateurs (assidus sur nos quelques 70 rendez-vous annuels), ses artistes pro et pré-pro via les résidences et enfin la filière professionnelle qui nous rencontre dans le cadre de congrès.

La Sirène a clairement trouvé sa place sur le local, régional et national et je sais qu’elle est un lieu apprécié.

Quels vont être les principaux axes d’évolution du septennat à venir ?

Tout ce qu’on avait exprimé dans notre projet artistique et culturel rédigé en octobre 2009 a été prévu, prédit, préconisé et assumé. C’est une fierté car nous avons été réalistes et raisonnables. Notre bilan financier est équilibré financièrement. Nous avons réussi à mobiliser les partenaires autour de ce projet, obtenu le label SMAC. Aujourd’hui l’idée est de poursuivre les actions qui fonctionnent, de les amplifier pour certaines et d’aller sur d’autres territoires. Loin de nous l’idée de changer pour changer.

L’agglo’ dans ses préconisations souhaitait qu’on se tourne un peu plus vers les communes qui la constituent. De fait nous sommes installées sur La Rochelle, donc dans la tête des gens La Sirène est rochelaise. La demande de l’agglo est qu’on se rapproche des 28 communes qui constituent l’agglo. Dès l’automne 2018 nous entamerons une programmation jeune public qui se baladera sur les communes. On va écrire une histoire qui visitera d’une année sur l’autre les communes. Pour des raisons techniques, la Sirène ne pourra se déplacer à Aytré, La Jarrie, Saint-Xandre mais comme le jeune public propose des spectacles souvent légers nous pourrons venir les jouer dans ces communes. On a l’expertise et l’expérience de la re-création d’une boite noire pour accueillir sur le temps scolaire, le samedi des publics spécifiques.

Pour les 5 ans de la Sirène nous avions sollicité 5 artistes pour être parrains de la salle : Serge Teyssot-Gay, Miossec, Arnaud Rebotini, Gaëtan Roussel et Didier Wampas. Je vous l’accorde une équipe très masculine pour une Sirène (mais le lancement du lieu fut totalement féminin). Nous imaginons aujourd’hui un travail avec un artiste associé sans cadre contraignant, pour installer une connivence, une autre couleur à la scène. Cela pourrait être un photographe rock, un couturier, un musicien. L’idée : lui confier les clés d’une programmation trimestrielle tout comme impulser un travail d’échanges en interne avec l’équipe.

Les Francos ont-il cédé facilement aux chants de la Sirène ? Quels sont vos rapports avec l’illustre festival ?

Par la force des choses cela a été, en 2009, un peu compliqué car nous sommes dans le même domaine. Le festival passait d’un terrain vierge leur appartenant à un terrain à partager avec un autre opérateur. Il a fallu se rencontrer pour nous connaître. Il y a eu des incompréhensions au début mais tout cela fut très, très à la marge car si vous regardez la liste de nos collaborations depuis l’ouverture de La Sirène elle confirme que tout se passe très bien entre nous : des sorties de chantier des Francos, un scène de la Sirène au Casino (Not The franco autour de la scène émergente électro), le projet culturel Une chanson sous influence qui a réunit 75 musiciens issus du territoire, la conférence de presse et de présentation aux partenaires des Francos se déroulent chez nous. Elle se solde toujours par un concert (Vianney récemment). La Sirène est devenue une des scènes officielles des Francos.

Il semble régner une belle entente entre les divers structures culturelles et festivals rochelais …

Oui. Ici nous avons plaisir à partager des évènements avec les autres structures de La Rochelle, faire circuler nos publics dans la ville. Récemment nous avons fait l’ouverture du festival Shake la Rochelle initié par le CCN Kader Attou en programmant le groupe Arrested Development, puis nous avons accueilli plus de 500 habitués de La Coursive (ndlr : scène nationale de La Rochelle dirigée par Franck Becker) en leur proposant un concert d’Abraham inc. Ce public a été un peu décontenancé de devoir rester debout mais il a goûté l’expérience musicale. De notre côté nous avions amené 500 spectateurs ce qui au final fut la plus grosse date sur le territoire pour ce groupe. Ce qui prouve bien que quand des opérateurs culturels travaillent de concert pour croiser les publics ça fonctionne. Et cela fonctionne avec les Escales Documentaires, avec le Festival international du Film de La Rochelle, avec tout le monde sur la ville mais je crois que c’est une volonté revendiquée dès le début par La Sirène. Il y a un respect profond ancré dans les différentes structures dirigeantes des lieux : on gère de l’argent public et nous n’avons pas d’intérêt à programmer en même temps plusieurs concerts de jazz par exemple. Nous travaillons en bonne intelligence et c’est suffisamment rare pour le souligner.

Il est vrai que nous avons récemment programmé à 2 reprises à La Rochelle sur une même saison Benjamin Biolay mais dans deux cadres différents. Un concert où le public était assis à La Coursive dans le cadre des Francos où il jouait son Palermo Hollywood, puis chez nous quelques mois avec un autre projet musical plus pop italienne. Les deux concerts, différents en tous points, furent sold out.

Votre programmation réussit le pari d’être à la fois pointue et populaire. Comment la concevez-vous ?

On travaille au trimestre en fait. Fin novembre[1], je n’ai toujours pas fini la programmation de février-mars 2018. J’ai les grandes lignes et en partant en vacances en décembre, j’aurai un petit trou au cas où une opportunité se faisait jour. Bien évidemment il y a des artistes qui se programment bien en avance : ceux issus du jazz, de la chanson ou musique du monde, mais avec les artistes électro, rock, ou étrangers nous sommes en lien avec leur actualité discographique ou vidéo. Il y a des phénomènes électro, hip hop… Le hype construit aussi des tournées donc il faut avoir une ossature structurée (notamment sur les têtes d’affiche) mais il faut avoir aussi cette réactivité pour proposer à des artistes-phénomène de venir dans nos murs. C’est ça qui est excitant aussi : programmer Stromae, alors tout juste émergent en 2010, le lendemain de son passage aux Transmusicales, cela ne se présente pas deux fois.

Alors en 2018 qui allons-nous venir applaudir à la Sirène ?

Nous programmerons aussi le groupe Her, que nous avons déjà reçu. Nous les aimons beaucoup. Leur concert-hommage de Rock en Seine[2] nous a beaucoup ému. Concrete Knives sera aussi dans cette soirée.

Sans oublier Christian Scott, super trompettiste qui joue notamment avec Kendrick Lamar, Nada Surf qui viendra fêter les 25 ans de son album-culte Let Go.

On aura du métal aussi. La scène métal de La Rochelle et environ est très captive. Elle fait beaucoup de km pour venir aux concerts. C’est un public génialissime, hyper cool, très respectueux, très festif. A l’opposé de l’image de ce qu’elle renvoie. Rien n’est plus bon enfant que le Hellfest.

Qu’en est-il de la scène musicale rochelaise ?

Dans toutes les villes où il y a des SMAC, un studio réfléchi et équipé avec du personnel qui encadre, une programmation qui travaille l’œil de l’amateur ou pré-pro émerge une communauté de musiciens. Nantes, Reims, Clermont … C’est dû à la politique de l’établissement qui est favorable aux échanges, aux rencontres, à l’accompagnement professionnel. Ici, on commence à voir des artistes qui font leur bonhomme de chemin.

À la Sirène, notre dispositif n’est pas rigide et peu cadré car on a peu d’artistes qui postule mais par contre on a 10 artistes sur lesquels nous menons une politique de suivi. Concernant Lysistrata de Saintes, cela a porté ces fruits. Le groupe a remporté le prix des Inouïs, le prix Ricard, a joué Rock en Seine, aux Transmusicales. Ils viennent de sortir leur album et de nombreux festivals français et internationaux vont les programmer prochainement. Pour les deux années à venir ils sont tranquilles, niveau intermittence !

Nous les avons soutenu techniquement, leur avons permis de rencontrer leur label, le management. Nous avons été l’étincelle qui a permis au groupe d’avoir une résonance nationale. Mais attention c’est un groupe d’exception, nous ne pourrons pas reproduire cela chaque année.

La Sirène soutient aussi Hildebrandt (prix de l’Académie Charles Cros), Malik Djoudi de Poitiers. Le DJ rochelais Jean du voyage qui aime beaucoup collaborer avec l’étranger. Il nous a permis de travailler avec le Centre Culture Intermonde de La Rochelle. Grâce à lui nous avons des projets multi-culturelles qui nous amènent en Inde, à Cuba. Des projets qui voyagent sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

Portrait photo réalisé par ©Marie Monteiro

http://www.la-sirene.fr

[1] interview réalisé le 28 novembre 2017

[2] En hommage à Simon Carpentier, membre du groupe décédé d’un cancer à l’âge de 27 ans.

 

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