Come back réussi d’Hollysiz 

Sensation de l’année 2013 avec son excellent premier album My Name is, HollySiz est de retour avec un opus qui puise ses inspirations aux Etats Unis et à Cuba. Nouvel album qu’elle défendra dans une tournée lancée le 6 avril à La Sirène de La Rochelle.

 En septembre 2013 vous sortiez votre premier album My name is, un galop d’essai couronné de succès. Vous attendiez-vous à un tel accueil ?

Je ne m’attendais à rien. Bien sûr qu’on se projette toujours un minima dans la vie, que l’on fait de son mieux mais ce qui m’est arrivé avec My Name is est tellement fou. Je crois que c’était le bon moment, le bon endroit pour moi. Pendant longtemps tout cela m’était totalement abstrait. Je voyais bien le nombre de vues sur Youtube, les chiffres du top Itunes mais lors de la tournée le succès est devenu concret. Les salles se remplissaient, le public reprenait en chœur les titres. C’était autant déroutant qu’émouvant. Je pense que si le succès n’avait pas été au rendez-vous, j’aurai tout de même poursuivi dans cette voie. La musique est un vecteur trop important dans ma vie pour qu’on m’empêche d’écrire. J’ai toujours composé mais tout cela a mis du temps à émerger. J’ai appris un métier – la comédie – puis appréhendé la scène différemment. J’ai compris à quel point ce métier de chanteur est pour les sportifs de haut niveau. La tournée m’a laissée physiquement vide mais remplie d’une charge émotionnelle si puissante !

Pour l’écriture de ce nouvel album –Rather than talking– vous êtes partie vivre à New-York. Pourquoi cette ville ?

Depuis l’âge de mes 15 ans je me rends dans cette ville mais toujours de manière épisodique. Là je souhaitais y rester un mois entier mais ce fut finalement presque une année. New-York vous emporte dans son tourbillon. Elle concentre en elle des artistes d’horizons si différents que cette ville est le plus puissant centre de création du monde. Je souhaitais me redéfinir dans une autre ville, j’y ai trouvé une inspiration nouvelle et finalement ne m’y suis pas du tout reposée …

Aviez-vous une idée précise de ce que second album – réputé casse-gueule – devait-être ?

Non Rather than talking s’est dessiné au fur et à mesure des rencontres, des trouvailles et des envies. C’est un album très multiple mais musicalement je le suis. Mis à part les adolescents qui écoutent de manière obsessionnelle un univers musical voire un seul artiste je pense que nous écoutons tous des musiques totalement différentes. Aujourd’hui les barrières ont totalement explosées avec le Net. La jeune génération a accès à tellement de titres. La mienne écoutait ce qui passait à la radio et à la maison. Parfois les trucs de son grand-frère. En 2017 Jay Z rappe sur du rock, la variété française se mêle à l’électro. Ces mélanges m’ont totalement décomplexée et donné envie le goût du métissage.

Peut-on dire que cet album est féministe ?

Je pense que s’il l’est c’est plus inconscient que réfléchi. À l’origine nous avions 25 textes pour cet album. Avec Yodelice, il a fallu élaguer. Nous nous sommes posés la question de la ligne directrice de l’album et nous souhaitions qu’il sonne « cave new-yorkaise » : dans une cave peut chanter un artiste cubain (Cuban Mood), danser une striptease (Fox). Concernant le féminisme, je pense que vous faîtes référence à Unlimited qui ouvre l’album. Il y a un an je travaillais sur l’album aux USA. À ce moment-là défilaient les Women’s March, Donald Trump remettait en cause le droit à l’avortement et était fier d’attraper « des femmes par la chatte » … Tout cela a fait écho en moi forcément et à la fin de ce titre, j’ai décidé de scander un texte assez violent. À résonance féministe certes. J’ai pris conscience de la chance que j’avais d’être un femme qui a encore droit à la parole, qui peut encore réfléchir par elle-même. Mais avant d’être féministe, je m’estime être une citoyenne, une femme qui a la chance de vivre en France.

L’eau est partout présente dans les textes. En quoi l’élément aquatique vous inspire t-il ?

Merci d’avoir remarqué ce détail. Oui, l’album célèbre la mer au sens large car il a été conçu en bord de mer : New-York, Cuba, le pays basque… L’eau c’est la création et cet élément fait partie intégrante de ma vie, elle la rythme. Je vis entre Paris et le pays basque. Au-delà de la métaphore de la création, j’aime me retrouver face à la nature, à ses éléments. On n’a rien inventé de plus fascinant à regarder que la mer, et certainement pas la télé que je ne possède pas d’ailleurs. L’océan vous rend humble. La découverte du surf m’a transformée : j’ai appris à dépasser, à vaincre mes peurs, à me concentrer sur un objectif. Nos vies sont tellement fragmentées et perturbées avec les réseaux sociaux et consorts aujourd’hui … je peux dire que la mer est pour moi un endroit méditatif, où je me recentre. Et puis je suis une grande fan de la divinité brésilienne et magnifique vénus Yemanja, mère de tous les êtres.

On vous sait excellente danseuse et pour le clip de Fox, c’est Marion Motin qui s’est chargée de la chorégraphie. Une expérience qu’on imagine intense …

Je connaissais Marion Motin pour l’avoir croisée au concert de Stromae, lors de la comédie musicale Résiste et puis dans le privé aussi. Je suis très admirative de cette chorégraphe : elle est drôle, intelligente, intègre et cash. Sans filtre et ça j’adore. Extrêmement sollicitée, nous n’avions pas pu travailler ensemble sur un précédent clip mais pour Fox je voulais du solide et ne voyait qu’elle. Je me suis jurée de ne pas m’effondrer pendant les répétitions, de relever le défi. Elle m’a fait beaucoup parler de moi, m’a poussée dans mes retranchements pour que je ne tombe pas dans mes facilités. Notre collaboration fut hyper-intéressante et le résultat à l’écran est juste parfait.

Tous vos textes sont en anglais. À l’instar de Charlotte Gainsbourg écrirez-vous un jour en français ?

J’écris des textes en français pour moi, pourquoi pas prochainement pour d’autres. Comme pour le premier album, je suis bien trop pudique pour me dévoiler dans ma langue d’origine et puis il faut vous avouer que mon premier texte fut rédigé en anglais, suite à une rupture avec un homme non francophone. En anglais, il y a une expression qui dit « shake the truth » et cela me convient bien. Je ne suis pas encore assez nuancée dans mes paroles en français pour les interpréter mais quand je vois des artistes comme Stromae, Orelsan, Adrien Gallo ou Eddy de Pretto, je suis bluffée. Ils ont ce talent pour faire sonner la langue française comme jamais. Ils réinventent ce qu’on fait de manière si divine Aznavour ou Brassens. Écrire en français est aujourd’hui pour moi un autre métier …

Justement cet autre métier de comédienne, l’avez-vous abandonnée ?

(rires) Si un réalisateur accepte de me faire tourner entre minuit et 6h du matin, je suis disponible ! Mon emploi du temps déborde de toutes parts avec mon activité musicale. J’ai adoré jouer et j’adore toujours. J’en ai pris notamment conscience à l’occasion du tournage de mon tout dernier clip Rather than Talking mais depuis l’aventure My Name is mon niveau d’exigence est monté d’un cran. Je ne lâcherai pas la musique pour m’aventurer dans un projet cinématographique qui ne me fasse pas rêver. Il y a énormément de réalisateurs avec qui j’aimerais avoir la chance de tourner mais la musique est bel et bien là désormais …

Propos recueillis par Cédric Chaory

Rather than talking – Hollysiz (Parlophone Music France – Warner Music France)

http://www.la-sirene.fr/prog/concert/523/hollysiz-1ere-partie-la-rochelle/

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