Catherine Benguigui : « Mon projet ? Susciter l’ouverture au monde et aux autres. »

Incontournable dans le paysage culturel rochelais, Catherine Benguigui, à l’origine de La Maison de l’Étudiant, a accordé de son précieux temps à Aliénor, bien décidée à lui tirer le portrait. Rencontre avec la vice–présidente de l’Université de La Rochelle, femme de culture ultra-positive !

 

La passion de la danse

Le premier émerveillement, la première rencontre avec l’art fut précoce pour Catherine Benguigui. C’est à 3 ans et demi qu’elle foule le parquet d’une école de danse. « A Revel, petite ville entre Toulouse et Carcassonne, je me rêvais danseuse professionnelle et visais le Conservatoire.. » Quelque peu interrogatifs à l’idée de voir leur fille embrasser l’aléatoire d’une carrière artistique, les parents Benguigui, certes ouverts à l’art et à la culture, enjoignent leur fille de choisir une filière dans l’enseignement supérieur : Ce fut alors l’EPS que Catherine complète par de nombreuses options danse et cours de piano. Le mouvement chevillé au corps, elle trouvera même le temps de décrocher un titre de championne de France Junior en GRS.

À Toulouse puis Montpellier, Catherine l’étudiante potasse son CAPEPS Option Danse et GRS, qui une fois en poche, l’a conduite de l’autre côté de la France, d’abord dans le bassin minier puis à l’Université Droit et Santé de Lille 2. « Je découvrais le bassin minier, le Pas-de-Calais. J’y suis resté 4 ans puis ai intégré la fac comme professeure de danse. On m’y a proposé de créer un projet culturel plus vaste pour les étudiants. » se souvient-elle.

À cette époque, en 1995, le Ministre de l’Enseignement Supérieur demande que des projets culturels intègrent les projets des universités françaises. Celui proposé par Catherine au Président de Lille 2 est validé et financé par l’État. « Je me suis vu confier la direction d’un tout premier service culturel dans cette université avec ses ateliers pratiques et sa programmation. J’avais conçu une saison sur le corps en mouvement dans tous les arts avec la venue de conférenciers. En parallèle je continuais d’enseigner la danse en encadrant quelques ateliers … même si c’était compliqué niveau emploi du temps. »

La Rochelle a déboulé par hasard dans la vie de Catherine, à l’occasion d’un week-end de pêche à la balance entre amis sur l’île d’Aix. Sur le chemin du retour, elle traverse en voiture le quai Duperré qui longe le port de La Rochelle, pas encore piétonnisé en ce mois de septembre 1997. Le coup de foudre est immédiat. « Cela faisait un moment que la mer me trottait dans la tête. L’idée d’une belle ville de bord de mer m’a tout de suite plu. J’ai alors décidé de contacter la toute jeune université rochelaise pour voir si je pouvais y trouver un poste. Il y en avait justement un, de professeure de danse. En juin 98, je m‘installais ici ! »

Catherine Benguigui ©Université de La Rochelle – Mélanie Chaigneau

« Chaque sortie est une entrée »

Quitter Lille ne fut pourtant pas si simple. Dans les finissantes années 90, La métropole du Nord vivait un renouveau culturel impulsé par la ré-ouverture de son Musée des Beaux-Arts. La Rochelle allait-elle proposer à la professeure un foisonnement artistique aussi éclatant ? Un cadre de travail aussi riche ?

« J’aime cette phrase : Chaque sortie est une entrée. En quittant Lille j’ai ouvert une nouvelle porte. À l’époque à La Rochelle il y avait une esquisse de Maison de l’étudiant qui réunissait les associations mais rien de comparable à ce que j’avais mis en place à Lille. En 2000 j’ai organisé les Rencontres Universitaires de danse. 13 universités se sont croisées lors de spectacles et de stages au Carré Amelot. L’année d’après, j’ai réfléchi à une dynamique artistique pluridisciplinaire à l’université. »

Le projet d’alors était simple, stratégique, efficace. Il a peu bougé depuis : au-delà de la seule pratique d’ateliers artistiques et culturels, « nécessaires pour éclairer les esprits, nourrir les intelligences », Catherine Benguigui imagine sa Maison de l’Etudiant comme au cœur d’un maillage entre l’Université (ses chercheurs, ses étudiants), les acteurs culturels de la Ville (ses programmations, ses artistes) et les entreprises locales où tous échangeraient en créant.

« Il était question de susciter de l’émulation, de la création. Pas de faire la diffusion, il y a suffisamment de lieux de diffusion à La Rochelle et on en est revenu des Théâtres Universitaires » se souvient Catherine. Cependant au fil des années la Maison de l’Étudiant s’est consolidée et il a fallu songer à la construction d’un bâtiment. C’était une gageure à l’époque de demander le financement de bâtiments dédiés à ce genre de projet. Beaucoup de personnes au sein de l’Université considéraient encore que l’établissement n’était dévolu qu’à la formation et la recherche. L’accès à la culture pour les étudiants ne les concernait pas. Forte du soutien des présidents successifs de l’université, de Maxime Bono, maire de La Rochelle de la DRAC, de la Région , du département et de la communauté d’agglomération j’ai réussi à imposer l’édification d’un bâtiment. »

Située depuis 2013 dans la Ville en Bois, la Maison de l’Etudiant est proche du cœur de ville, « pour permettre aux Rochelais d’y venir, de faciliter le lien avec toutes les structures aussi, car nous sommes à cette lisière de ces deux rives de La Rochelle. L’idée était de les unir par la culture. » précise la directrice.

Les Étudiants à l’Affiche

Et l’union n’est jamais aussi totale que durant Les Etudiants à l’affiche, ce festival qui depuis 19 ans présente les travaux annuels des ateliers suivis par les étudiants. Une dizaine en tout, animés par des artistes : « J’attache une importance à ce que ce soient des artistes et non des professionnels de l’animation qui interviennent. L’idée est qu’à travers ces ateliers, les étudiants puissent acquérir une pratique, construire un projet collectif en s’imprégnant d’une démarche artistique en cours de création. Ce n’est pas un cours, on est en condition de création. »

Avec son exigence artistique, Les Etudiants à l’affiche est devenu un rendez-vous culturel suivi par près de 5.000 spectateurs. À l’Université de La Rochelle et dans la ville, sur les planches ou dans l’espace urbain, les étudiants présentent leurs créations issues des ateliers et se mettent en scène pendant quinze jours.

« Via le festival, bon nombre de jeunes découvrent pour les uns le plaisir de se produire sur scène avec tout l’engagement que cela induit, pour les autres le plaisir d’être spectateur, de questionner le monde par l’entremise d’une œuvre. La Maison de l’étudiant a cette mission d’inciter à la fréquentation des oeuvres notamment avec le Pass culture. » souligne la vice-Présidente à la Culture et à la Vie Associative.

Bien avant que l’actuel gouvernement ne propose le sien (500 € alloué à toutes personnes atteignant les 18 ans), Catherine Benguigui avait imaginé un pass (dont 1 800 étudiants rochelais profitent actuellement) offrant nombre d’avantages sur l’offre culturelle de la Ville. « Je suis en train de travailler à ce que le Pass Culture du Ministère de la Culture trouve une articulation avec ceux déjà existants dans de nombreuses Universités. Ce qui est intéressant avec ce Pass local, c’est ce maillage avec les structures dont je vous parlais. Nos liens avec La Sirène nous a permis de faire venir Patti Smith à l’Université. Elle y a lu des textes, chanté avec nos étudiants. Dominique A, lui, a tellement apprécié notre chorale electro-pop qu’il l’a invitée le soir-même à se produire sur la scène de la SMAC. » se remémore les yeux pleins d’étoiles Catherine Benguigui.

La Culture contre l’obscurantisme

Derrière cette irrésistible amour de la culture se cache un combat politique qui n’est pas prêt de s’éteindre : « Mon travail c’est toute une vie, un engagement. C’est quoi l’objectif au final ? C’est d’ouvrir l’esprit des gens pour en faire des personnes qui ne soient pas polluées par l’obscurantisme. Faire qu’il n’ y ait pas qu’un seul regard, développer des actions pour s’intéresser à la science c’est lutter contre les fake news, et par ricochet se battre pour la laïcité, l’égalité homme-femme. La chance que j’ai c’est que je n’ai pas l’impression de travailler, je m’amuse tout en oeuvrant. »

Vice-Présidente de l’université, Directrice de la Maison de l’étudiant, co-présidente de l’association ESCAL’Océan, réseau des acteurs de la culture scientifique sur le territoire rochelais, coprésidente du réseau national Art+Université+Culture, Conseillère municipale et communautaire de La Rochelle et enfin coprésidente du tout nouveau Comité Laïcité République Charente Maritime, Catherine Benguigui est incontestablement une femme engagée. Qui s’amuse donc tout en travaillant, infatigable boule d’énergie au sourire ravageur qui entend bien faire que tous les plaisirs de la Culture et du Savoir résonnent haut et fort dans la cité maritime.

Cédric Chaory.

https://www.univ-larochelle.fr/vie-etudiante/culture/presentation/

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