Bagarre : grabuge on the dance floor

Dieu est mort sur le dancefloor. Voilà ce que déclare Bagarre dans son premier album – Club 12345 – intense et radical qui porte haut la « musique de club ». Rencontre avec le quintet qui réussit l’union du hip hop, punk et dance music des 90’s.

Bagarre est un nom un rien belliqueux pour un groupe. Quelle en est sa définition ?

Emmaï Dee : Derrière ce nom, il y à l’idée d’une lutte personnelle qui devient collective via la musique. Nous avions tous, je crois, quelque chose à combattre dans nos vies, individuellement. Se réunir tous les cinq nous a donné la force de pouvoir le faire avec la musique.

Bagarre c’est cinq individus singuliers qui ne font qu’un tel un collectif. Comment vous organisez-vous ?

Emmaï Dee : C’est un vrai travail et ce n’est pas tous les jours facile mais c’est l’essence même du groupe. Il nous est apparu essentiel dès le début que chaque membre de Bagarre puisse pleinement exister, puisse écrire et composer. Ce n’est pas un fonctionnement naturel pour un groupe de musique, il y a de nombreuses contraintes et une discipline à tenir mais nous n’envisageons pas de travailler autrement.

La Bête : Avec ce collectif il y a l’envie de désapprendre ces acquis inhérents à la pop music et aux standards rock où un leader serait entouré de ses musiciens. Nous rejetons ce côté monogame car nous voulons fonctionner à 5. Il faut aussi désapprendre ce schéma au public, celui qui écoute notre musique tout au moins.

Mus : On discute beaucoup ensemble. Chacun apporte ses thèmes, ses textes et au fil des échanges la matière évolue. On fait pot commun et on se pousse vraiment à faire tomber des barrières qu’on se mettrait naturellement. Par exemple moi je fais de la batterie à l’origine. Sur cet album je chante un titre qui m’est très intime et personnel. Je n’y joue pas de batterie. Sans l’énergie et le soutien de Bagarre, jamais je ne n’aurai imaginé ni même osé prendre le micro pour chanter.

Vos textes sont directs, votre univers radical. À contrario de vos concerts plus festifs.

Emmaï Dee : Nous aimons le contact avec le public, prendre la parole, cela crée quelque chose de sympathique sur scène et dans le public mais cela n’ôte en rien le côté brut du concert. Notre musique est faîte pour danser, même si nos textes reflètent nos humeurs et nos peurs les titres n’en sont pas moins dansants donc dans nos live tu ressens forcément cette énergie.

Maître Clap : Nous sommes clairement influencés par le clubbing. Nos musiques parlent de cette culture. Par contre je ne sais pas si cette culture est si festive que cela.

La Bête : Nous n’aimons pas trop le mot festif en fait. Ce dont tu parles concernant les live est sans doute l’énergie qui s’en dégage. Sur scène, notre musique est bien plus rude, plus crue que sur l’album. Festif sonne un peu « accordéon » et me semble être un adjectif donné par celui qui justement ne participe pas à la fête, qui en est extérieur. La culture club qu’elle soit issue du milieu gay, Noir ou punk n’est pas festive en soit. Elle se traduit à travers la fête mais derrière celle-ci il y a la recherche d’une émancipation de soi. Une recherche plus grave que festive il me semble.

Vous accordez beaucoup d’importance à l’image, je pense là à vos tenues mais aussi à vos clips …

Emmaï Dee : Pour qu’une chanson trouve son public, il est aujourd’hui indispensable qu’elle ait son propre clip. Dès Bonsoir, nous sommes Bagarre, notre premier EP, nous avons travaillé avec des directeurs artistiques, potes à l’origine. Ils comprennent à la base notre musique et nous avons beaucoup échangé avec eux. Ils nous ont fait une proposition radicale, à côté de ce que nous faisions : je parle des clips en noir et blanc, assez froids mais qui en même temps possédaient notre radicalité.

Pour les clips de Danser seul et Béton armé, on a laissé à nouveau notre image à une équipe qui a compris le message que nous souhaitons véhiculer. C’est un travail de confiance et de sensibilité partagés.

Majnoun : Nous ne sommes pas vraiment un groupe de musiciens, de purs instrumentalistes. On a toujours aimé les groupes qui ont une attitude, un positionnement fort par rapport à la société. Je pense au punk, au hip hop. Ces mouvements ont des codes vestimentaires très marqués qui installent d’emblée une imagerie. Ces artistes s’y racontent à travers des codes vestimentaires, un visuel fort. Bagarre est dans cette veine là. Il se présente sous ce qu’il estime être son meilleur jour. En street-wear siglé ou en costume. Les costumes du clip Béton armé sont un petit pied nez à cette image street-wear que l’on a, notamment dans nos concerts. C’est notre version pimp de nous-même. Quoi qu’il en soit notre créneau est simple : Mets l’habit dans lequel tu te sens beau. C’est toujours celui qui te va le mieux !

Depuis 2014 vous enchaîniez les singles et les concerts. Votre premier album, lui, est sorti finalement que quatre ans après les premiers bons buzz autour du collectif. Pourquoi une telle attente ?

La Bête : On a beaucoup tourné et ce dès la formation du collectif. Avec le premier EP en 2014 et encore plus grâce au second Musique de club, Bagarre a enchaîné les concerts pendant un an et demi avec plus d’une centaine de dates. Difficile alors d’écrire et encore plus d’enregistrer. Je pense que Bagarre n’est jamais aussi à l’aise que sur une scène en fait !

Maître Clap : On est toujours en recherche de notre processus créatif, comme on l’expliquait en début d’interview : exister de manière horizontale est une manière nouvelle. Cela nous prend du temps, bien plus que si on sortait un album solo ou un album de groupe classique. Il aura fallu effectivement plus de deux ans et demi pour que paraisse Club 12345 car il y avait aussi cette envie de donner le meilleur à notre public et nous-même.

Comment se déroule votre Club Tour 18 ?

Emmaï Dee : C’est la première fois que Bagarre est tête d’affiche. Précédemment nous étions dans des festivals, en première partie ou en co-plateau. Se dire qu’il y a des places vendues 20 € sur notre seul nom et que certaines salles sont complètes est une sentiment nouveau, très étonnant. À Strasbourg par exemple quand nous sommes montés sur scène et que nous avons vu que notre public connaîssait déjà par cœur les paroles d’un album paru 15 jours avant, cela impressionne fortement. On a joué aussi à Marseille avec Eddy de Pretto. Le public était plus mélangé, il a fallu conquérir de nouveau un autre public. Les enjeux me semblent chaque soir différent, chaque soir excitant.

La Bête : Grâce au Club Tour 18, on découvre que notre public est un peu plus jeune que nous le pensions. Il ressemble à ce qu’on chante. Très modern’gender, androgyne. De découvrir que nos morceaux ont été compris et que le public veuille les entendre live chantés par le collectif, qu’il veuille aussi les chanter en choeur avec nous, c’est une sensation très puissante.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

Tournée en Nouvelle-Aquitaine : 4 avril, Le confort moderne (Poitiers) ; 5 avril, Le Rocher de Palmer (Bordeaux) ; 11 juillet, les Francofolies-La Sirène (La Rochelle)

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