Aliénor craque pour Hervé au Chantier des Francos.

MUSIQUE – Le premier concert du Chantier des Francos révèle le phénomène Hervé. Difficile alors pour le set brouillon d’Alma Forrer et celui, spectral, de Muddy Monk de retenir l’attention. Compte-rendu d’une soirée riche de talents.

Pas simple d’ouvrir la saison 2019 du Chantier des Francos, Alma Forrer l’a appris à ses dépens. Ce soir du 31 janvier (soirée des partenaires du Chantier) elle nous prévient d’emblée, guitare en bandoulière et regard hypnotique à la Adjani : « C’est mon tout premier concert avec mes musiciens » lance t-elle au public, histoire qu’il soit indulgent. Et on peut dire qui le sera à l’encourager avec force applaudissements alors même que la belle demoiselle a enchaîné les déconvenues : guitare mal accordée, départ de couplet foiré à 2 reprises et autres couacs de la débutante traqueuse. Pourtant elle a tout pour elle cette jeune auteure-compositrice-interprète de 25 ans. Passons sur son physique adjanien, loin d’être un handicap, et notons cette « voix au bord de l’évanouissement » et ses textes ingénument sensuels. En 5 titres, elle démontre qu’elle possède un univers troublant, tout droit sorti des eighties et son Conquistadors pourrait bien envahir prochainement les hit-parades. Sur le site du Chantier des Francos, on nous la présente comme une Lana Del Rey, « refusant de trancher et préférant brouiller les pistes ». Ce soir, c’est juste les pinceaux qu’elle s’est emmêlés. Heureusement elle contrebalance le tout dans un grand éclat de rire via un humour bien trempé. On apprendra alors que sa bassiste a le même prénom que son chien mais qu’elle est bien plus belle ; qu’elle n’a rien contre l’idée d’apparaître ringarde dans son dernier clip et que le suicide pourrait être une option après ce set déglingos. L’élève Alma devra se concentrer demain à l’occasion du concert public car il serait dommage de gâcher un tel talent. Le chantier étant un dispositif d’accompagnement scénique, c’est sur la durée que le travail s’inscrit. Rendez-vous est donc pris pour la session du 20 au 24 mai au Chantier pour revoir Alma Forrer sur scène.

À sa suite, deux artistes jouant en solo. Le premier, Muddy Monk, est un artiste helvète qui a déjà foulé les planches du Montreux Jazz Festival. Côté concentration, lui, il gère. Au point d’en oublier le public qui lui fait face. Nimbé dans un halo de lumière bleue, il inaugure son set avec un instrumental qui rappelle l’inquiétante ouverture de Shining de Stanley Kubrick. En soufflant dans un tube directement relié à son synthé, il compose une musique électro qui n’est pas sans rappeler celle d’un Sébastien Tellier. Puis vient la voix. Haut perchée, céleste. Le public, subjugué, voyage … puis rapidement se dissipe. Sans réelles nuances ou échappées le mini-concert lasse, déroulant un univers musical bien trop monochrome, quoique impeccablement contrôlé et interprété (même si la majeure partie du texte m’a échappé). Deux mercis et une phrase ânonnée à l’adresse du public rochelais et voilà déjà le spectral Muddy Monk évaporé. Une apparition qu’il conviendra cependant de traquer car elle est prometteuse.

La révélation de la soirée est incontestablement Hervé.  Artiste résident du Chantier depuis deux ans, ce jeune producteur originaire de banlieue parisienne a littéralement retourné la salle. La scène semble être pour ce fan de foot un terrain de jeu. Il dédie d’ailleurs un de ses titres à ce sport : Mélancolie FC. Avec sa gestuelle un brin épileptique à la Mick Jagger (ceci est un compliment !), son style casual et son petit minois, il ne faut pas être devin pour comprendre que l’énergique Hervé est promis à une très belle carrière. N’assure t-il pas déjà les premières parties d’Eddy de Pretto devant des milliers de personnes ? Au Chantier des Francos, il donne beaucoup, suant plus que de raison. Le public le lui rend timidement, hésitant à se lâcher complètement et préférant poliment dodeliner de la tête. Petit joueur.

Hervé définit ainsi son univers : la ligne du format chanson auquel il tient beaucoup, des titres vraiment plus dansants et de vraies balades, très épurées, pas forcément trop produites. Ce soir, il a surtout choisi l’option clubbing avec tout ce qui va bien de light show. Dans ce déluge de watt et de flash, on devine l’ultra-sensibilité du jeune homme de 26 ans, son urgence de vivre et de dire avec cette voix-souffle rauque qui capte l’attention illico. Oui c’est sûr, Hervé va aller loin, haut et vite !

Prochaine session du Chantier des Francos : Le vendredi 1er mars, 20h, avec Arthur Ely, Silly Boy Blue et Raphaël Guattari.

Cédric Chaory.

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