À table ! : cuisine et cinéma japonais au Carré Amelot.

FESTIVAL – Fourneaux et 7ème art ont souvent fait bon ménage. Le Japon a le privilège d’avoir une grande cuisine et un grand cinéma, aussi le festival du cinéma japonais de La Rochelle a concocté une programmation en 3 plats délicieux sous l’égide de Pascal-Alex Vincent* qui répond aux questions d’Aliénor.

Quid de la thématique de l’édition 2019 qui se tiendra du 24 au 26 janvier au Carré Amelot : cuisine et cinéma ?

Le festival du cinéma japonais est piloté par l’association rochelaise Shiosai (qui veut dire le ressac en japonais) sous le Haut Patronage du Service Culturel de l’ambassade du Japon en France. Cette association culturelle très active existe depuis une trentaine d’années. Il y a 5 ans, elle m’a demandé d’être le programmateur de leur festival cinématographique. Chaque année, je leur propose donc une thématique différente. Il y a eu les samouraïs, la femme dans le cinéma japonais… le thème se doit d’être fédérateur. Cette année, je me suis dit : pourquoi pas la cuisine ? Depuis une vingtaine d’années, les Français raffolent des sushis. Qui aurait crû qu’ils aimeraient manger du poisson cru sur une boulette de riz ? C’est bien simple à Paris, il y a un restaurant japonais tous les 10 mètres. La cuisine n’est pas plus présente dans le cinéma japonais que dans celui de l’hexagone mais c’est une thématique attractive.

La programmation a t-elle été compliquée à élaborer ?

J’ai trouvé très aisément la programmation. Comme aux USA, en France ou Italie, il y a des films incontournables sur cette thématique. Le plus compliqué est de savoir si les films en question sont disponibles, de régler toutes les questions juridiques en amont pour leur diffusion. Tampopo, par exemple, est un classique qui a remporté un succès mondial à sa sortie. Cette comédie qui narre les aventures d’une femme désireuse de faire la meilleure soupe de nouilles est le film parfait pour ce festival. Il ressort d’ailleurs assez régulièrement avec toujours le même succès. Still walking de Hirokazu Kore-Eda, réalisateur qui a remporté la Palme d’Or 2018, a lui aussi remporté un beau succès à sa sortie dans le réseau Art & Essai.  Le vrai événement est la programmation pour la première fois en France du Chef du Pôle Sud, comédie de Shûichi Okita.

« Tampopo » de Jūzō Itami

C’est frustrant de ne voir que 3 films  ?

Vous savez le Carré Amelot organise énormément d’événements à l’année et ne peut sans doute pas se permettre, avec l’association Shiosai, la programmation d’un festival sur une période plus longue …

« Still walking » de Hirokazu Kore-Eda

Existe-t-il en France d’autre festival consacré au cinéma nippon ?

Oui, il en existe un qui a lieu sur Paris et tout le territoire français : le Kino Tayo. Cela fait 13 ans qu’il existe. Mais pour voir tout au long de l’année du cinéma japonais, rien ne vaut les nombreuses rétrospectives qui sont organisées dans les cinémathèques ou de se rendre dans les salles d’art et essai qui diffusent abondamment les réalisations les plus récentes. Je pense notamment à La Coursive.

« Le chef du Pôle Sud » de Shûichi Okita

Le cinéma japonais se porte bien aujourd’hui ?

Il est en excellent santé vous voulez dire. Près de 600 films sortent chaque année, c’est bien plus que la Chine ou la Corée du Sud, sans parler de la France qui en sort 200 par an. Dès 1896, soit un an après l’invention du cinéma par les français Lumières, le Japon s’est entiché du 7ème art. C’était une industrie dès 1910 qui possédait plusieurs majors concurrentes. Totalement comme à Hollywood. L’industrie a été florissante jusqu’en 1970 puis a redémarré il y a une vingtaine d’années. En 2017, plus de 1 000 films ont d’ailleurs été produits. Un record à ce jour pour le pays.

Propos recueillis par Cédric Chaory.

Informations pratiques : https://www.carre-amelot.net/cinema-japonais

* Pascal-Alex Vincent est réalisateur, scénariste, professeur à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste du cinéma japonais en France. Il a publié L’âge d’or du cinéma japonais en 2 volumes aux Éditions Carlotta.

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